Si les femmes sont les premières levées et les dernières couchées, les hommes ne laissent pas leur place non plus - au village, du moins. La plupart sont agriculteurs. Au champ, ça trime dur: une journée passée avec eux suffit pour que je puisse en témoigner. A ce temps de l'année l'heure est au labour des terres, et il faudra attendre l'averse pour semer. Mil, maïs, coton, arachide, chacun divise son champ comme il le veut. Ici, la machinerie agricole se limite à un outil, le daba, qui permet au prix de maints efforts de creuser des sillons dans le sol. Ceux qui ont plus de moyens possèdent des boeufs, qui rendent la tâche plus aisée, rapide et moins fatiguante. Aujourd'hui, Yacouba a emprunté les bêtes d'un ami, et trois compagnons sont venus lui prêter main-forte. Tout le monde se serre les coudes dans un pays où les structures sociales et les ressources de toutes sortes sont pratiquement inexistantes, l'entraide devient plus qu'une nécessité. J'avais ce matin toute la meilleure volonté du monde pour participer à l'effort collectif (aussi modeste ma contribution aurait-elle été) mais évidemment les hommes en ont décidé autrement: je devais rester sagement assise à l'ombre, à admirer le paysage et surtout à me faire envahir par des essaims de brûlots. Les satanées bestioles me rentraient par tous les orifices accessibles. Ne pas sentir la douce caresse d'insectes sur sa peau est un grand bonheur de la vie que je commence à apprécier...
Jusqu'à 16h00, les hommes travaillent, ne prenant un peu de répit qu'à l'heure du dîner. A la fin de la journée, Dolba apparaît à mes côtés avec un scorpion au bout de sa machette. Vivant. Mais il a pris soin de "couper le bout qui pique", selon ses propres termes. Tout le monde rit de me voir aussi impressionnée et prompte à sortir l'appareil photo. Au moment de retourner au village, Dolba m'a questionnée dans son français hésitant: "C'est le soleil qui vous fait comme ça?" (i.e. rouge). J'ai failli lui répondre qu'avec la force du soleil ici, l'ombre suffit à me brûler la peau. "Vous allez redevenir blanche?" s'est-il inquiété. J'a dû le rassurer. "Oui oui, dans 2 ou 3 jours." Attendrie devant ce jeune homme qui, de toute évidence, n'est pas familier avec les réactions de l'épiderme occidental, je me suis mise à réfléchir. Un Blanc, peu importe sa couleur de peau, restera toujours un Blanc. En Afrique plus que n'importe où ailleurs.
Sur cette réflexion, Dolba m'a remorquée sur son vélo jusqu'à la maison, sous le regard rieur des autres paysans. La vision d'une toubabou à bicyclette tient de l'insolite sous ces latitudes.
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J'aimerais bien voir des photos de ta peau rouge tomate! xxx
RépondreSupprimerJe reste jalouse, même si tu côtoies un soleil brûlant et des insectes mangeurs d'humains! Loll Ton expérience est tellement géniale Vicki!
RépondreSupprimerxxx
je suis contente d'en savoir plus sur la nourriture: le mil est du millet selon le net et vous avez des arachides! Super! Nature, pour ne pas qu'elle goûte le vert, tu les fais tremper (eau ou lait) mais eux les font probablement cuire dans l'huile!! C'est dommage que tu ne puisses pas passer une journée avec les femmes pour voir a leurs tâches aussi...
RépondreSupprimerSalut Vicki,
RépondreSupprimerJuste un petit mot pour que te dire que je viens de lire tes dernieres nouvelles, et que je suis super contente pour toi ! Tu sembles faire de belle decouvertes ! De mon cote, tout va pour le mieux dans mon petit coin en Inde ! Bisous, Liliane