lundi 22 juin 2009

C'est un départ...

Comme toute bonne chose a une fin, j'ai dû quitter Diarabakoko. Après une semaine qui a passé à la vitesse de l'éclair, en compagnie, surtout, de deux cousins de Babamine, Yacouba et Moussa, et d'un ami, Adama. J'ai très rapidement renoncé à comprendre les relations familiales. Deux fois sur trois, quand je serrais une nouvelle main, Yacouba soulignait: "C'est mon grand frère. C'est une petite soeur. C'est mon oncle." La parenté biologique a peu d'importance ici, et la famille est une notion très élastique, ce qui fait qu'elle peut facilement inclure mille individus. Qu'importe. En compagnie de mes trois amis, et d'autres visiteurs qui venaient périodiquement se greffer à nous, j'ai passé des soirées sur la véranda à causer et boire le thé, en écoutant Magic System et Alpha Blondy, des chanteurs de Côte-d'Ivoire qui à mon avis n'ont pas leur pareil. Les gars raffolaient particulièrement de mes histoires d'avion. Ils voulaient tout savoir; "Comme ça", disaient-ils, "on pourra raconter aux autres." Au fil des discussions, nous avons découvert certaines spécificités et bizarreries du français burkinabé. Les chaussures sport, par exemple, sont appelées des crêpes. Et quand on "met quelqu'un à la porte", c'est simplement qu'on le raccompagne à l'entrée, on ne le jette pas dehors. Adama, grand érudit sur le point de passer l'examen pour entrer dans la fonction publique, m'en a fait voir de toutes les couleurs avec son guide de simulation des questions du test, portant supposément sur la culture générale. Vous savez combien de sommets dépassent les 8000 mètres d'altitude sur la planète? Et comment s'appelle la phobie du chiffre 666? Et bien! ça, au Burkina, ça s'appelle la culture générale.

Sinon, j'ai aussi profité de mon séjour à Diaraba pour visiter l'école du village - d'autant plus que je m'étais fait copine avec l'une des institutrices. (Si vous avez bien lu les feuilletons précédents, vous vous rappelez que c'est elle qui me gavait de poisson jusqu'à l'écoeurement). Le premier matin, j'ai cru que mon arrivée impromptue dans la cour d'école allait provoquer une émeute tellement les enfants sont devenus énervés. En moins de deux secondes je me suis retrouvée au milieu de mille paires de yeux, d'oreilles et de mains, hurlant d'excitation, se bousculant pour être aux premières loges de ce spectacle ayant pour titre "Une toubabou dans notre cour d'école". En l'occurrence: moi. Je commence à avoir une idée de ce qu'est la vie de star, eh. Toujours est-il que le boucan attirait le regard des voisins et j'ai cru bon de tenter de contrôler la folie des enfants - vous comprendrez que j'étais terriblement embarrassée de la situation. Alors, j'ai demandé aux enfants de chanter. Ils se sont exécutés et la cohue a diminué d'un cran. Mais je me suis fait avoir car, après trois chansons, ils m'ont demandé de chanter à mon tour. Ouille. J'ai chanté Aani couuni comme une grande. Ils ont dû rester tellement surpris des paroles incompréhensibles qui sortaient de ma bouche qu'ils m'écoutaient tous religieusement. Puis l'arrivée de la maîtresse m'a sauvé d'avoir à chanter encore. Fiou.

Connaissant mon intérêt pour la pédagogie burkinabé (vous vous rappelez que je vais bientôt aller dispenser des cours d'été à des jeunes dans le nord du pays), Mamou l'institutrice m'expliquait avec une gentillesse exquise sa façon de procéder au fil des leçons. "Je dois toujours dire la vérité, quelque soit ce qu'on va me faire." Leçon de morale. "Pré-ten-dant. Qui peut lire comme la maîtresse?" Leçon de vocabulaire. Pendant ce temps, je restais sagement assise à côté de la fenêtre, sous les regards furtifs des enfants qui voulaient tous gagner mon approbation en fournissant une bonne réponse. Malgré l'excès de joie qu'ils ont manifesté à mon égard, je les ai trouvés drôlement polis et bien élevés. Surtout en comparaison aux jeunes Québécois. Ici, pour saluer les maîtres, les élèves croisent les bras sur la poitrine et s'inclinent vers l'avant en lançant un respectueux "Bonjour Madame". En tant qu'adulte, visiteuse et étrangère, j'ai eu droit au même traitement de faveur. J'ai pas pu m'empêcher de me sentir flattée. Et importante. Sans aucune raison, il faut l'admettre...

Oh! Et je dois vous annoncer le changement de mon statut civil. Je suis désormais mariée. Faut me laisser raconter. J'étais chez Mamou. Je lui ai dit que je voulais l'aider à préparer le repas. Ce faisant, j'ai gagné l'approbation générale: la Blanche veut apprendre à cuisiner comme les Africaines! Avec mes questions et mes commentaires, j'ai bien involontairement fait rire aux larmes Mamou et sa soeur (surtout quand j'ai expliqué qu'au Canada, on ne lavait pas les feuilles de laurier avant de les mettre dans le chaudron). C'est à ce moment que cette dernière a commencé à trouver que je serais un excellent parti pour son frère, établi à New York, de 12 ans mon aîné. Mais qu'est-ce qu'elles ont, les femmes burkinabé, à vouloir à tout prix me marier avec leur frère ou leur cousin?!
- Ou bien! Tu dis quoi? ("Ou bien", ici, signifie "Alors? Tu en penses quoi?")
- Bon! 35 ans, c'est trop vieux.
- Trop vieux? Mais toi tu as quel âge?
- 23 ans.
- Alors! 35 ans, c'est parfait pour toi!

C'est qu'elle était entêtée, la bougre. Et moi aussi. Quand elle a compris que je ne changerais pas d'idée, elle m'a généreusement proposé son propre mari. Que je n'ai pas pu refuser, car il n'a "que" 32 ans. C'est ainsi que je me suis retrouvée avec un mari, une co-épouse et un enfant (sans parler de toute la belle-famille africaine!). Eh oui, le Burkina est une contrée où la polygamie est non seulement légale mais aussi courante... et voilà que j'étais entraînée malgré moi dans ce régime matrimonial où le chef de famille peut prendre jusqu'à quatre femmes s'il a les moyens de les entretenir de façon équitable. Ca, ça fait des tête à tête de St-Valentin romantiques, hein? Mais vous l'aurez deviné... toute cette histoire de mariage, c'était des plaisanteries. Le fruit de l'imagination un peu trop active de la soeur de Mamou. Demandez-moi, pour voir, si j'ai le goût d'avoir des co-épouses...

L'un de mes meilleurs souvenirs au village reste la Canada Night que j'ai partagée avec mes amis. C'est moi qui ai préparé le souper: de la "sauce canadienne" qui n'avait de canadien que le nom, concoctée avec affection dans la cuisine de Yacouba. Autrement dit, dans une marmite de fer posée directement sur le feu de bois. J'ai adoré l'expérience, et eux ont adoré leur repas. Le dessert a fait fureur aussi: du pain trempé dans le sirop d'érable, dont j'ai traîné un contenant depuis Montréal jusqu'au Burkina. Comme "sirop d'érable" était peut-être trop compliqué à retenir, Moussa a solennellement rebaptisé notre sucrerie nationale "toubabou-miel". Du miel de Blanc. Lecteurs canadiens, ce nouveau terme ne vous plaît-il pas? Moi, je trouve que ça sonne très bien à l'oreille. Et la cerise sur le sundae pour terminer la soirée en beauté, nous avons appelé maman, papa et frérot à Blainville, à partir de mon nouveau cellulaire burkinabé. La communication était aussi bonne que si nous avions été à quelques mètres de distance, mais un océan nous séparait, et je me trouvais dans un village sans eau courante ni électricité, sous un ciel obscur déchiré d'étoiles filantes, en plein coeur du continent africain.

Hélas, comme je le disais plus tôt, toute bonne chose a une fin. Le moment est venu pour la toubabou de quitter Diaraba. Après avoir salué une dernière fois la vieille (qui m'a donné une pièce de 100 francs pour que je m'achète de l'eau sur la route), Moussa, Yacouba et Adama ont porté mes sacs jusqu'au bord du goudron. Le taxi-brousse est arrivé trop rapidement. J'aurais souhaité qu'il tarde encore un peu - il ne pouvait pas faire comme l'autobus de ville à Ouaga? On a hissé mes bagages à bord pendant que je faisais mes adieux. Nous nous sommes salués main dans la main en joignant nos tempes deux fois de chaque côté, dans un geste qui m'émeut depuis la toute première fois que je l'ai vu. Puis le véhicule a démarré, tournant ainsi la page sur le chapitre "Diaraba" de mon périple au Burkina.

3 commentaires:

  1. Que de belles aventures et de beaux cntacts humains! Profites-en bien, car, c'est ca, la vraie vie d'une grande famille humaine!!!
    XXXXXXXXX

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  2. Felicitation pour ton mari et ta nouvelle famille!! ;)

    Je vais etre un peu "selfish" et je vais te demander de rentrer au Quebec et de laisser tomber le mari de Mamou et celui de NY... jajaja!

    a bientot toubabou!! blanquita!!

    Jose Fuca

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  3. T'aurais pu nous avertir qq jours avant le mariage, ont se seraient arranges pour aller feter nous aussi!

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!