Après une semaine à Ouaga, je commençais à avoir des fourmis dans les pieds. Je suis partie en direction du nord du pays, en plein Sahel. Suivant le conseil d'une amie de Geneviève, je suis allée m'établir chez Les Nomades, dans un village de 4000 habitants du nom de Bani. Les Nomades, c'est cinq gars qui n'ont pas eu la chance d'aller à l'école, mais qui ont de la motivation et des idées à revendre. Noum. Ousmane. Azziz. Ibrahima. Omar. Ils ont fondé une association qui vient en aide aux enfants et aux familles démunies du village en leur permettant l'accès à l'école et en leur fournissant certains moyens de subsistance. Une modeste auberge a été bâtie pour accueillir les voyageurs de passage, et les gars se sont convertis en d'excellents guides. Les Nomades, c'est un vent de fraîcheur, en dépit du mercure qui atteint les 48 degrés Celsius...
Bani, c'est en plein Sahel. Le dernier pas avant le Sahara. Pas d'électricité. Pas d'eau courante. On se lave au seau, et les chiottes, c'est rien de plus qu'un trou dans le sol. On s'y fait. J'ai dormi à la belle étoile toute la semaine, chaleur oblige. Les chambres deviennent de véritables saunas. Là-bas, la majorité de la population appartient à l'ethnie peule. Je suis tombée en amour avec ce peuple le jour où, au cégep, j'ai fait un travail sur eux dans un cours d'anthropologie. Et voilà que sans même le savoir je me retrouvais parmi eux. À entendre leur langue incompréhensible, le fulfulde. À boire le thé touareg. À causer avec les hommes. À ne rien faire d'autre qu'attendre que la chaleur passe. En Afrique, la vie a un autre rythme.
Je suis allée me balader à dos de dromadaire. J'ai fait la joie des enfants du village et j'ai été la risée de tous les adultes. Quand on décide de jouer à la touriste, il faut s'assumer. Nous sommes allés jusqu'à une petite communauté voisine, à proximité de laquelle nous avons passé la nuit. À la belle étoile. Étendus sur des nattes destinés à la prière des musulmans. Sous le regard attentif de jeunes enfants venus observer la Nassara et ses compagnons. Ils sont venus me serrer la main, l'un après l'autre, en murmurant un timide "Bonjour". Mon coeur fondait de tendresse pour ces petites bouilles si charmantes.
Au petit matin, Ousmane m'a emmenée voir la mine d'or tout près. Une visite qui m'a rendue mal à l'aise. À l'entrée de la mine, j'ai aperçu deux enfants qui ne devaient pas avoir plus de dix ans. Tout sales. Trempés. Déjà, ils bossent dur pour ramener un peu d'argent à la maison. Le rêve de tous les chercheurs d'or: devenir riche. Faire fortune. Pour nous, Occidentaux, la place des enfants n'est pas dans une mine, mais bien sur les bancs d'école. Être confronté à une autre réalité peut choquer. Rendre triste. Quel destin attend ces deux gamins? Les accidents sont nombreux dans la mine. Les conditions de travail, désastreuses. Leur espérance de vie ne doit pas franchir le cap des 40 ans.
Bani, c'est aussi sa mosquée, ou plutôt ses sept mosquées - construites par le grand-père de Noum dans les années 1970. Il y règne une telle fraîcheur et une telle tranquillité que j'avais envie d'y passer mes journées entières, les pieds dans le sable.
Mais cette semaine passée chez Les Nomades a surtout été l'occasion pour moi de repenser mon séjour au Burkina. De replanifier mon été. L'association mise sur pied par les gars a besoin de volontaires pour prêter main-forte. J'ai décidé de me lancer. C'est moi qui, dès le mois de juillet, vais dispenser les cours d'été aux jeunes du village. Je suis très enthousiasmée par ce projet. D'autant plus que je trouve tellement frustrant de ne pas comprendre ce que les gens disent, que j'ai exigé que l'on me donne des cours de fulfulde tous les jours. J'ai de l'ambition. Rien ne semble trop grand, trop gros, hors d'atteinte. Tout est à ma portée. Je ne serai pas venue en Afrique pour rien.
Avant de quitter le Canada, mon chemin africain n'était pas très clair. Heureusement, comme m'a dit quelqu'un un jour, lorsque je suis dessus, je sais le reconnaître. Chez les Nomades à Bani, je sais que je suis là où je dois être.
Je vous laisse aujourd'hui sur cette devinette nomade: Ça touche, ça touche pas; ça touche pas, ça touche. C'est quoi?
Wow...J'ai des milliers de frissons tellement tes histoires me font sourire et rêver!!!!
RépondreSupprimerJe savais que tu allais trouver ce pourquoi tu es en Afrique, je suis contente pour toi et je te souhaite de t'amuser chez les Nomades!
Tes photos sont si belles...si captivantes...Je reconnais ton talent de photographe! Tu es très belle, tu dégages le pur bonheur!!! Merci de nous faire vivre tant d'émotions!
Je t'aime fort
xxxx
Les couleurs de l'Afrique te font admirablement bien! Beau jeu d'ombres, la photo sur le dromadaire
RépondreSupprimeravec les enfants qui te regarde...
Tu vis encore une fois de belles experiences, laches-pas té capable!
dadXXXXXXXXX