Après "tout ce temps" à Ouaga, je commence à me sentir à l'aise de sortir de la maison sans Geneviève. Je me poste au bord du goudron, et j'attends "le 2 barré" (la ligne de bus qui dessert le quartier). Moment propice à l'observation des gens qui circulent à mes côtés. L'étroite voie réservée à ceux qui roulent sur deux roues est de loin la plus intéressante à mes yeux. Les lunettes fumées, c'est génial. Ça permet d'observer sans trop en avoir l'air. À ma hauteur, les motocyclistes ralentissent souvent pour me scruter, parfois d'un regard soupçonneux ou interrogatif, ou pour me saluer. Parfois, aussi, les Burkinabé me hurlent allègrement "Nassara!" ("étranger") au passage. Bah. Ce n'est pas pire que le "Guera" ("blonde") dont on me gratifiait abondamment au Mexique. Dans un pays comme dans l'autre, impossible pour moi de passer incognito.
Étonnamment, les vendeurs ambulants sont aussi présents sur ce segment de goudron. Chargés comme des mules, ils traversent le boulevard d'un pas las, ou pédalent lourdement sur leur vélo, tentant de garder l'équilibre. Les clients doivent se faire rares à Ouaga 2000*. Surtout lorsque le soleil est à son zénith et que la sueur perle sur le front de tous. Une fois, un homme qui attendait le bus avec moi m'a offert de me mettre dans l'ombre du poteau de l'arrêt. Je sais pas si vous savez, mais l'ombre faisait environ 5 centimètres de large sur le sol. Pas de quoi me protéger des rayons du soleil.
Après 35 minutes au bord du goudron (ou moins, quand on a de la chance), le gros bus vert se pointe le bout du pare-brise. À son bord, que des femmes, à cette heure du jour. Autant de couleurs vives qui mettent de la vie dans le gris terne de l'intérieur du véhicule. Ça jacasse fort sous les pagnes et les foulards. Souvent, les jeunes enfants accrochés dans le dos de leur mère me regardent d'un drôle d'air. Ils doivent se dire que je suis bien pâle.
Et puis, après presque 40 minutes de trajet ponctué de l'exclamation "Ça descend!" (l'équivalent burkinabé de notre petite corde de demande d'arrêt), on arrive au centre. À chaque coin de rue se trouve un Ministère quelconque - il doit y en avoir au moins mille. Hier, on a aperçu le Ministère des Infrastructures et du Désenclavement. Geneviève et moi, on s'est demandé comment le gouvernement comptait s'y prendre pour désenclaver le pays. On a conclu qu'il organiserait une invasion du Togo...
*Comme je crois l'avoir déjà mentionné, Ouaga 2000 est le quartier où Geneviève habite, le plus récent et le plus huppé de la capitale. Il ressemble encore à un grand chantier de construction. En dépit de la taille des habitations, il ne faut pas se leurrer: notre voisin d'en face, c'est un dépotoir.
jeudi 28 mai 2009
mercredi 27 mai 2009
Parce qu'il faut bien rire un peu!
Geneviève a trouvé cette blague sur un site burkinabé...:
Un prête catholique se retrouve nez à nez avec un lion en pleine jungle. Effrayé, il dit : « bon Dieu ! Faites que ce lion devienne chrétien ». Le miracle s’accomplit et Le lion dit : « Que le Seigneur bénisse ce repas… »...
Un prête catholique se retrouve nez à nez avec un lion en pleine jungle. Effrayé, il dit : « bon Dieu ! Faites que ce lion devienne chrétien ». Le miracle s’accomplit et Le lion dit : « Que le Seigneur bénisse ce repas… »...
mardi 26 mai 2009
Le Blanc! Le Blanc!
Inutile de vous dire qu'avec la blancheur de ma peau - eh non! On ne bronze pas si facilement en Afrique! - je ne passe pas inaperçue. Hier après-midi, en route vers la clinique privée où Geneviève avait rendez-vous pour sa bedaine, une bande de sept ou huit fillettes, probablement de retour de l'école, s'est arrêtée pour nous serrer la main. L'une après l'autre. Je suis tombée sous le charme. Quelques pas plus loin, un autre enfant a commencé à hurler: "Le Blanc! Le Blanc!". Geneviève m'a expliqué qu'ici les gens ne font pas nécessairement la distinction entre le féminin et le masculin. Avec les résultats comiques que vous pouvez imaginer. Ce cri s'adressait évidemment à moi. Bon. Sûrement un peu à Geneviève aussi, mais elle dégage un je-ne-sais-quoi qui laisse savoir qu'elle est en Afrique depuis longtemps. Ce qui est le cas. Déjà presque 11 mois à Ouaga.
Ici, à chaque sortie, surtout quand je sors seule, il faut que je m'attende à me faire demander mon contact. Numéro de téléphone au Canada, et adresse email, ou encore mieux: les deux. Ce qui me rend le plus mal à l'aise, c'est que la demande vient infailliblement au tout début de la conversation, après le "Bonsoir, ça va?" et le "Vous êtes italienne?". Cette semaine, d'ailleurs, on m'a demandé si j'étais hongroise. J'ai bien rigolé. Je suis donc en train d'accumuler une liste de courriels et de numéros de cellulaire qui, j'en ai bien peur, ne fera que s'allonger au cours des prochaines semaines.
J'ai oublié de vous communiquer la fin de l'histoire avec mes bagages. Vendredi, un homme m'a appelée et m'a donné rendez-vous à l'aéroport une trentaine de minutes plus tard, m'expliquant - sans que je n'y comprenne grand-chose - qu'il avait mon sac en sa possession. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il s'est effectivement trompé de sac (une dame l'avait chargée de ramasser son bagage mais de toute évidence il ne savait pas à quoi il ressemblait!). Il m'a rendu mon bien intact, tenant même à ce que je vérifie devant les agents qu'il n'y manquait rien. La morale de cette histoire: inscrivez toujours une adresse et un numéro de téléphone sur l'étiquette à bagages que l'on vous remet à l'aéroport. Sans cela, je n'aurais jamais récupéré mon sac à dos - et les denrées précieuses qu'il contenait. Est-ce nécessaire de souligner que Geneviève se gave du beurre de peanut que je lui ai apporté? Et Babamine se régale avec les barres de Toblerone. J'aurai fait deux heureux...
Ici, à chaque sortie, surtout quand je sors seule, il faut que je m'attende à me faire demander mon contact. Numéro de téléphone au Canada, et adresse email, ou encore mieux: les deux. Ce qui me rend le plus mal à l'aise, c'est que la demande vient infailliblement au tout début de la conversation, après le "Bonsoir, ça va?" et le "Vous êtes italienne?". Cette semaine, d'ailleurs, on m'a demandé si j'étais hongroise. J'ai bien rigolé. Je suis donc en train d'accumuler une liste de courriels et de numéros de cellulaire qui, j'en ai bien peur, ne fera que s'allonger au cours des prochaines semaines.
J'ai oublié de vous communiquer la fin de l'histoire avec mes bagages. Vendredi, un homme m'a appelée et m'a donné rendez-vous à l'aéroport une trentaine de minutes plus tard, m'expliquant - sans que je n'y comprenne grand-chose - qu'il avait mon sac en sa possession. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il s'est effectivement trompé de sac (une dame l'avait chargée de ramasser son bagage mais de toute évidence il ne savait pas à quoi il ressemblait!). Il m'a rendu mon bien intact, tenant même à ce que je vérifie devant les agents qu'il n'y manquait rien. La morale de cette histoire: inscrivez toujours une adresse et un numéro de téléphone sur l'étiquette à bagages que l'on vous remet à l'aéroport. Sans cela, je n'aurais jamais récupéré mon sac à dos - et les denrées précieuses qu'il contenait. Est-ce nécessaire de souligner que Geneviève se gave du beurre de peanut que je lui ai apporté? Et Babamine se régale avec les barres de Toblerone. J'aurai fait deux heureux...
dimanche 24 mai 2009
Quelques photos...
Déjà prête, dans l'avion, à prendre ce que l'Afrique voudra bien me donner... / En compagnie d'Alseny, le joueur de basket guinéen de 2,05 mètres... (ça ne paraît pas sur la photo mais je suis sur la pointe des pieds et lui est tout tordu!) / Geneviève attend patiemment l'autobus au bord du goudron... / Une grue couronnée au "zoo" de Ouaga... / La plus grande mosquée de la capitale
Ramassis de réflexions, de constatations, d'apprentissages et d'histoires vraies...
Quatrième journée au Burkina. J'ai l'impression que ça fait déjà un mois. Chaque journée vient avec son lot de découvertes, de surprises, de réflexions. Chaque journée est si riche...
La chaleur coule à flots. En cette fin de saison chaude, tout le monde sue à grosses gouttes, même les Burkinabé. Ça a quelque chose de rassurant: les Blancs ne sont pas les seuls à souffrir. Par ailleurs, je tiens à préciser que je m'en tire plutôt bien - si on ne tient pas compte des ruisseaux qui coulent dans mon cou et mon dos et qui finissent par s'assécher quelque part dans mes pantalons. J'ai sorti de mes bagages un petit thermomètre-aimant du Dollarama (à l'effigie du drapeau canadien) et l'ai posé sur le frigo. Geneviève et moi sommes devenues de véritables obsédées de la température. Hier après-midi, il faisait 39 degrés Celsius dans la maison. Le mercure est modeste, parfois. Car quelques instants plus tard, nous avons constaté qu'à l'extérieur, il faisait pas moins de 47 degrés. Ce matin, j'ai annoncé qu'il ne faisait "que" 30 degrés. Geneviève m'a demandé si j'étais en train de me magasiner une claque en arrière d'la tête.
La chaleur est telle qu'elle parvient à faire fondre une chandelle sur la céramique du patio. Je l'ai constaté de mes propres yeux. Les cernes de transpiration (qui apparaissent désormais à des endroits insoupçonnés) font partie du quotidien. On s'y fait. Après un trajet de bus, ou toute période passée en position assise, on se relève avec le derrière des cuisses tout trempé. C'est d'un chic!... Parlant d'autobus, j'ai assisté à tout un spectacle l'autre jour: un Burkinabé a penché la tête vers l'avant et s'est râclé le front à l'aide d'un doigt. Une véritable chute d'eau a coulé par terre. Geneviève et moi étions hilares. Fallait que je vienne en Afrique pour voir ça.
Évidemment, être au Burkina ne se résume pas à fondre au soleil. Être au Burkina c'est aussi, pour mon plus grand plaisir, me familiariser avec de nouvelles façons de faire. Je vous ai déjà glissé un mot sur la façon de parler locale. Ça continue de m'impressionner. Voici la conversation typique que l'on tient avec une personne rencontrée dans la rue ou dans une boutique:
- Bonsoir.
- Bonsoir. (On se serre la main.)
- Ça va?
- Ça va.
- Bonne arrivée. (Quand on semble être en train de rentrer à la maison, ou quand on semble être tout fraîchement arrivé au Burkina.)
- Merci.
- Et la ville? (Vous l'aurez deviné: quand on revient du centre.)
- Ça va.
- Et chez vous? (En toutes circonstances.)
- Ça va.
Sans parler des expressions si simples mais qui me font encore sourire: "Y'a quoi?" pour dire "Quoi?" ou "Qu'est-ce qui se passe?", et "Vous dites?" lorsque l'on n'a pas compris. J'ai très rapidement adopté le très populaire "ça va aller". Et, pour conclure toute affaire ou accord: "Voilà".
Mais il arrive des impairs, aussi. Ce qui est normal, après tout. En arrivant à la piscine où Geneviève a l'habitude d'aller faire des longueurs, le réceptionniste a semblé me trouver bien intéressante.
- Vous êtes Madame?
Et moi de répondre:
- Vicki!
Le pauvre homme n'y comprenait rien. Moi non plus. J'ai fini par comprendre qu'ici, demander à une femme si elle est Madame, c'est s'enquérir de son statut; autrement dit, c'est lui demander si elle est mariée ou pas! Et il ne nous a plus lâchées. Mais je ne lui ai jamais répondu.
Et il y a aussi la fois où j'ai rencontré les cousines de Babamine. L'une d'elles avait les mains dans le riz, qu'elle était en train de laver; elle m'a donc présenté son poignet, comme le veut la coutume ici (on ne serre pas des mains sales ou mouillées!). Moi, comme une belle cocotte (expression de Geneviève!), j'ai enroulé mon poignet autour du sien, au lieu de simplement serrer son articulation comme il se doit. C'est en faisant des petites erreurs que l'on finit par apprendre à se comporter convenablement.
Les après-midis, Geneviève m'emmène à la découverte de la ville. Bon. "Découverte" est un grand mot, car il n'y a pas mille choses à voir à Ouagadougou non plus. Ça nous permet de prendre le bus local, que l'on doit attendre parfois très longtemps au bord du goudron (l'asphalte), sous le soleil assommant, sans ombre ni abri où se réfugier. Parfois, nous circulons en taxi. À cinquante sous la course, parfois, ça vaut la peine, et ça évite d'attendre des bus qui n'arrivent jamais. J'adore prendre le taxi. Pendant que Geneviève se charge de faire la conversation au chauffeur, j'observe avec des yeux avides ce qui se passe sur la route. Je ne me lasse pas d'admirer les femmes sur leur moto. Et les hommes. Ma scène préférée se produit aux feux rouges. Un amoncellement de motos, de scooters et de vélos se forme pêle-mêle sur la chaussée et démarre, tel un essaim d'abeilles, aussitôt que le feu tombe vert.
Hier soir, j'ai monté à moto pour la première fois. Sans casque. Je l'ai déjà mentionné: personne n'en porte ici. Ça ne semble pas exister. Rassurez-vous, on roule pas vite. Assise sur l'engin derrière Atou, la soeur de Babamine, j'ai ressenti l'impression de liberté dont Geneviève m'a déjà parlé. Et encore davantage lorsque Babamine lui-même m'a ramenée à la maison, après une soirée où on a mangé du tilapia braisé avec les doigts et regardé des paires de foufounes se faire aller sur le plancher de danse d'un bar populaire. Babamine a une moto manuelle. Entendre les changements de vitesse sous la pluie battante - ma première pluie africaine - avait quelque chose de grisant. Étourdissant. Magique. Bon, peut-être que ma première bière burkinabé y a été pour quelque chose. Ouioui papa, j'ai bu une bière, j'espère que tu es fier de moi...
Et quoi d'autre? Geneviève et Babamine - qui, je crois l'avoir mentionné, est son fiancé burkinabé - sont pris dans le tumulte de la préparation de leur mariage qui aura lieu le 6 juin prochain. Alors qu'ils ne souhaitaient rien de plus qu'une petite cérémonie intime, leur union est en train de prendre les proportions d'un évènement gigantesque. C'est l'honneur de la famille qui est en jeu. Au moment où je tape ces mots, ils sont partis faire la tournée de quelques personnes qu'ils doivent inviter personnellement au mariage. Geneviève est quelque peu découragée, d'autant plus qu'il y a quelques éléments traditionnels que son beau-père tient à respecter - et qu'elle-même ne tient pas à accomplir. D'autant plus qu'avec sa belle bedaine de 6 mois, combinée à la chaleur écrasante, l'énergie vient à manquer plus rapidement. Mais "ça va aller", que je lui répète. Et je lui ai promis que si elle avait à danser (ce qui risque fort d'arriver), je serais solidaire et danserais avec elle...
La chaleur coule à flots. En cette fin de saison chaude, tout le monde sue à grosses gouttes, même les Burkinabé. Ça a quelque chose de rassurant: les Blancs ne sont pas les seuls à souffrir. Par ailleurs, je tiens à préciser que je m'en tire plutôt bien - si on ne tient pas compte des ruisseaux qui coulent dans mon cou et mon dos et qui finissent par s'assécher quelque part dans mes pantalons. J'ai sorti de mes bagages un petit thermomètre-aimant du Dollarama (à l'effigie du drapeau canadien) et l'ai posé sur le frigo. Geneviève et moi sommes devenues de véritables obsédées de la température. Hier après-midi, il faisait 39 degrés Celsius dans la maison. Le mercure est modeste, parfois. Car quelques instants plus tard, nous avons constaté qu'à l'extérieur, il faisait pas moins de 47 degrés. Ce matin, j'ai annoncé qu'il ne faisait "que" 30 degrés. Geneviève m'a demandé si j'étais en train de me magasiner une claque en arrière d'la tête.
La chaleur est telle qu'elle parvient à faire fondre une chandelle sur la céramique du patio. Je l'ai constaté de mes propres yeux. Les cernes de transpiration (qui apparaissent désormais à des endroits insoupçonnés) font partie du quotidien. On s'y fait. Après un trajet de bus, ou toute période passée en position assise, on se relève avec le derrière des cuisses tout trempé. C'est d'un chic!... Parlant d'autobus, j'ai assisté à tout un spectacle l'autre jour: un Burkinabé a penché la tête vers l'avant et s'est râclé le front à l'aide d'un doigt. Une véritable chute d'eau a coulé par terre. Geneviève et moi étions hilares. Fallait que je vienne en Afrique pour voir ça.
Évidemment, être au Burkina ne se résume pas à fondre au soleil. Être au Burkina c'est aussi, pour mon plus grand plaisir, me familiariser avec de nouvelles façons de faire. Je vous ai déjà glissé un mot sur la façon de parler locale. Ça continue de m'impressionner. Voici la conversation typique que l'on tient avec une personne rencontrée dans la rue ou dans une boutique:
- Bonsoir.
- Bonsoir. (On se serre la main.)
- Ça va?
- Ça va.
- Bonne arrivée. (Quand on semble être en train de rentrer à la maison, ou quand on semble être tout fraîchement arrivé au Burkina.)
- Merci.
- Et la ville? (Vous l'aurez deviné: quand on revient du centre.)
- Ça va.
- Et chez vous? (En toutes circonstances.)
- Ça va.
Sans parler des expressions si simples mais qui me font encore sourire: "Y'a quoi?" pour dire "Quoi?" ou "Qu'est-ce qui se passe?", et "Vous dites?" lorsque l'on n'a pas compris. J'ai très rapidement adopté le très populaire "ça va aller". Et, pour conclure toute affaire ou accord: "Voilà".
Mais il arrive des impairs, aussi. Ce qui est normal, après tout. En arrivant à la piscine où Geneviève a l'habitude d'aller faire des longueurs, le réceptionniste a semblé me trouver bien intéressante.
- Vous êtes Madame?
Et moi de répondre:
- Vicki!
Le pauvre homme n'y comprenait rien. Moi non plus. J'ai fini par comprendre qu'ici, demander à une femme si elle est Madame, c'est s'enquérir de son statut; autrement dit, c'est lui demander si elle est mariée ou pas! Et il ne nous a plus lâchées. Mais je ne lui ai jamais répondu.
Et il y a aussi la fois où j'ai rencontré les cousines de Babamine. L'une d'elles avait les mains dans le riz, qu'elle était en train de laver; elle m'a donc présenté son poignet, comme le veut la coutume ici (on ne serre pas des mains sales ou mouillées!). Moi, comme une belle cocotte (expression de Geneviève!), j'ai enroulé mon poignet autour du sien, au lieu de simplement serrer son articulation comme il se doit. C'est en faisant des petites erreurs que l'on finit par apprendre à se comporter convenablement.
Les après-midis, Geneviève m'emmène à la découverte de la ville. Bon. "Découverte" est un grand mot, car il n'y a pas mille choses à voir à Ouagadougou non plus. Ça nous permet de prendre le bus local, que l'on doit attendre parfois très longtemps au bord du goudron (l'asphalte), sous le soleil assommant, sans ombre ni abri où se réfugier. Parfois, nous circulons en taxi. À cinquante sous la course, parfois, ça vaut la peine, et ça évite d'attendre des bus qui n'arrivent jamais. J'adore prendre le taxi. Pendant que Geneviève se charge de faire la conversation au chauffeur, j'observe avec des yeux avides ce qui se passe sur la route. Je ne me lasse pas d'admirer les femmes sur leur moto. Et les hommes. Ma scène préférée se produit aux feux rouges. Un amoncellement de motos, de scooters et de vélos se forme pêle-mêle sur la chaussée et démarre, tel un essaim d'abeilles, aussitôt que le feu tombe vert.
Hier soir, j'ai monté à moto pour la première fois. Sans casque. Je l'ai déjà mentionné: personne n'en porte ici. Ça ne semble pas exister. Rassurez-vous, on roule pas vite. Assise sur l'engin derrière Atou, la soeur de Babamine, j'ai ressenti l'impression de liberté dont Geneviève m'a déjà parlé. Et encore davantage lorsque Babamine lui-même m'a ramenée à la maison, après une soirée où on a mangé du tilapia braisé avec les doigts et regardé des paires de foufounes se faire aller sur le plancher de danse d'un bar populaire. Babamine a une moto manuelle. Entendre les changements de vitesse sous la pluie battante - ma première pluie africaine - avait quelque chose de grisant. Étourdissant. Magique. Bon, peut-être que ma première bière burkinabé y a été pour quelque chose. Ouioui papa, j'ai bu une bière, j'espère que tu es fier de moi...
Et quoi d'autre? Geneviève et Babamine - qui, je crois l'avoir mentionné, est son fiancé burkinabé - sont pris dans le tumulte de la préparation de leur mariage qui aura lieu le 6 juin prochain. Alors qu'ils ne souhaitaient rien de plus qu'une petite cérémonie intime, leur union est en train de prendre les proportions d'un évènement gigantesque. C'est l'honneur de la famille qui est en jeu. Au moment où je tape ces mots, ils sont partis faire la tournée de quelques personnes qu'ils doivent inviter personnellement au mariage. Geneviève est quelque peu découragée, d'autant plus qu'il y a quelques éléments traditionnels que son beau-père tient à respecter - et qu'elle-même ne tient pas à accomplir. D'autant plus qu'avec sa belle bedaine de 6 mois, combinée à la chaleur écrasante, l'énergie vient à manquer plus rapidement. Mais "ça va aller", que je lui répète. Et je lui ai promis que si elle avait à danser (ce qui risque fort d'arriver), je serais solidaire et danserais avec elle...
vendredi 22 mai 2009
Premiers pas au Burkina...
Et voilà. Après une merveilleuse escale d'une journée dans un hôtel luxueux de Casablanca, au Maroc - où j'ai rencontré deux Guinéens qui voulaient bien que je sois leur femme - j'ai atterri à Ouagadougou. OUA-GA-DOU-GOU. Une syllabe à la fois. Ou, plus simplement, Ouaga.
Première surprise: mes bagages ne m'ont pas suivi. Ma précieuse cargaison de sirop d'érable, de beurre de peanut et de palettes de chocolat, destinée à mon hôtesse, sont quelque part entre Montréal et l'Afrique. Nous réveillons le fonctionnaire en charge du bureau des "litiges bagages", qui tape nonchalamment - et à une lenteur é-pou-van-table - mes informations sur son ordinateur. "Revenez samedi avant-midi", qu'il me laisse savoir. Trop fatiguée et trop contente d'être arrivée, je ne suis même pas découragée... et je sors vite du minuscule aéroport pour partir à la rencontre de Geneviève.
Geneviève! Et son fiancé Babamine. Quel bonheur de les rencontrer enfin tous les deux. Dans la Jeep du papa de Babamine, nous nous rendons allègrement à la maison, située dans Ouaga 2000, le quartier le plus huppé de la capitale. L'air est chaud, très chaud. Dans l'avion, on nous avait annoncé 32 degrés Celsius. Pour commencer mon séjour en douceur... car le jour, le mercure grimpe facilement au-dessus de la barre des 40 degrés. Aïe!
Ici, c'est un autre monde. D'abord, on sue. Et on boit des litres et des litres d'eau, mais on ne va aux toilettes qu'une fois par jour... tous les liquides nous sortent par les pores. (Jessica, tu trouvais qu'on avait l'air des p'tites porcines en Amérique centrale; c'était rien comparé à Ouaga). C'est la saison chaude. Heureusement, je m'adapte bien.
Les gens ont une façon particulière de s'exprimer, ici. Et les r ne sont pas prononcés comme des w, contrairement à ce que l'on pense souvent: ils sont roulés. Après l'inévitable "Bonjour, ça va?" et la poignée de main molle, on s'informe de la famille. Passé midi, on dit "Bonsoir". En plein soleil. Et lorsque l'on s'apprête à manger, on lance toujours aux autres "Vous êtes invités". Question de politesse.
À partir du bus ou du taxi, on a les meilleures vues sur les gens qui circulent sur le goudron (la route). Les femmes drapées de tissus aux couleurs flamboyantes se dressent bien droites sur leur moto ou leur scooter. Plusieurs sont à vélo, aussi. Mais personne ne porte de casque, peu importe sur quoi il roule. L'ensemble, complété par le sable rouge et le ciel ennuagé, est splendide. L'Afrique, ça change de l'Amérique latine, du Canada. Pour moi qui ai toujours rêvé d'y être... c'est émouvant.
Première surprise: mes bagages ne m'ont pas suivi. Ma précieuse cargaison de sirop d'érable, de beurre de peanut et de palettes de chocolat, destinée à mon hôtesse, sont quelque part entre Montréal et l'Afrique. Nous réveillons le fonctionnaire en charge du bureau des "litiges bagages", qui tape nonchalamment - et à une lenteur é-pou-van-table - mes informations sur son ordinateur. "Revenez samedi avant-midi", qu'il me laisse savoir. Trop fatiguée et trop contente d'être arrivée, je ne suis même pas découragée... et je sors vite du minuscule aéroport pour partir à la rencontre de Geneviève.
Geneviève! Et son fiancé Babamine. Quel bonheur de les rencontrer enfin tous les deux. Dans la Jeep du papa de Babamine, nous nous rendons allègrement à la maison, située dans Ouaga 2000, le quartier le plus huppé de la capitale. L'air est chaud, très chaud. Dans l'avion, on nous avait annoncé 32 degrés Celsius. Pour commencer mon séjour en douceur... car le jour, le mercure grimpe facilement au-dessus de la barre des 40 degrés. Aïe!
Ici, c'est un autre monde. D'abord, on sue. Et on boit des litres et des litres d'eau, mais on ne va aux toilettes qu'une fois par jour... tous les liquides nous sortent par les pores. (Jessica, tu trouvais qu'on avait l'air des p'tites porcines en Amérique centrale; c'était rien comparé à Ouaga). C'est la saison chaude. Heureusement, je m'adapte bien.
Les gens ont une façon particulière de s'exprimer, ici. Et les r ne sont pas prononcés comme des w, contrairement à ce que l'on pense souvent: ils sont roulés. Après l'inévitable "Bonjour, ça va?" et la poignée de main molle, on s'informe de la famille. Passé midi, on dit "Bonsoir". En plein soleil. Et lorsque l'on s'apprête à manger, on lance toujours aux autres "Vous êtes invités". Question de politesse.
À partir du bus ou du taxi, on a les meilleures vues sur les gens qui circulent sur le goudron (la route). Les femmes drapées de tissus aux couleurs flamboyantes se dressent bien droites sur leur moto ou leur scooter. Plusieurs sont à vélo, aussi. Mais personne ne porte de casque, peu importe sur quoi il roule. L'ensemble, complété par le sable rouge et le ciel ennuagé, est splendide. L'Afrique, ça change de l'Amérique latine, du Canada. Pour moi qui ai toujours rêvé d'y être... c'est émouvant.
mardi 19 mai 2009
Vicki against Menactra & Vivotif
Il est passé 2h00 du matin. Je vire de bord dans mon lit depuis plus de trois heures. Diagnostic: insomnie. J'ai été fiévreuse toute la soirée. Mon pauvre petit corps lutte avec acharnement contre les méchants microbes avec lesquels je l'assène depuis quelques jours. Ferme l'oeil. Mouche le nez qui coule. Ouvre l'oeil. Regarde l'heure. Complètement congestionnée. Les ganglions enflés comme des balles de ping pong. Tire la couverte. Gratte une fesse. Soupire. Plutôt que de gaspiller de façon si peu productive le peu de précieuses minutes qu'il me reste au Québec, pourquoi ne pas allumer l'ordinateur et vider mon esprit de tous ces mots qui le hantent...
Mes commissions de dernière minute ont pris fin aujourd'hui. Du moins, je l'espère. Car mon sac à dos est plein à craquer et la balance de la Royal Air Maroc n'acceptera pas une bebelle de plus. Je suis retournée au MEC pour la troisième fois en quatre jours. Jessica m'a fait acheter une lampe frontale, à grands coups d'arguments persuasifs ("Vicki, t'as aaaab-so-lu-ment besoin de ça pour aller faire pipi la nuit, tu vas voir, tu vas trouver ça ben pratique"). Jessica a toujours raison.
Ceci est probablement mon dernier message du Québec. Il est temps, direz-vous, car après tout, un blog de voyage c'est pas fait pour être rempli avant le départ. J'aurais aimé tous vous parler une dernière fois, vous envoyer un dernier email, vous reserrer dans mes bras... mais il faut bien partir un jour. Trois mois, c'est vite passé. J'emporte vos encouragements avec moi. On se revoit au mois d'août!
Mes commissions de dernière minute ont pris fin aujourd'hui. Du moins, je l'espère. Car mon sac à dos est plein à craquer et la balance de la Royal Air Maroc n'acceptera pas une bebelle de plus. Je suis retournée au MEC pour la troisième fois en quatre jours. Jessica m'a fait acheter une lampe frontale, à grands coups d'arguments persuasifs ("Vicki, t'as aaaab-so-lu-ment besoin de ça pour aller faire pipi la nuit, tu vas voir, tu vas trouver ça ben pratique"). Jessica a toujours raison.
Ceci est probablement mon dernier message du Québec. Il est temps, direz-vous, car après tout, un blog de voyage c'est pas fait pour être rempli avant le départ. J'aurais aimé tous vous parler une dernière fois, vous envoyer un dernier email, vous reserrer dans mes bras... mais il faut bien partir un jour. Trois mois, c'est vite passé. J'emporte vos encouragements avec moi. On se revoit au mois d'août!
jeudi 14 mai 2009
Histoires de vaccins (à 5 jours du départ)
Eurk-Eurk-Eurk-Eurk-Eurk. J'avais tâté d'une panoplie d'aiguilles dans la peau lors de mon précédent voyage en Équateur, en 2005. Justement. C'est loin, 2005. Il me faut renouveler le vaccin contre la fièvre typhoïde. Et recevoir pour la première fois celui contre la méningite.
Après la saga salle d'attente - consultation - médecin qui ne s'y connaît pas en maladies tropicales - comptoir des prescriptions au Pharmaprix, j'ai finalement en ma possession mes deux vaccins. Ils sont bien au frais dans mon frigo. Dans la porte, entre le beurre à l'ail et le beurre ordinaire.
Le truc, c'est que le vaccin contre la fièvre typhoïde est un vaccin oral. Vous avez déjà vu ça, vous, des pilules qui s'appellent "vaccin"? Ridicule. Deux heures tapantes après mon repas, tel que recommandé sur l'emballage du médicament, je prends ma première dose (1 de 4). Mais je triche. Incapable d'avaler cette horreur de plastique bicolore avec une simple gorgée d'eau ne dépassant pas 37°C comme je dois le faire (au diable les instructions!), je l'enfourne avec une bouchée de couscous frette. En ne manquant pas de l'échapper, au préalable, dans l'eau de vaisselle sale qui traîne dans mon lavabo de cuisine. Gloup! J'avale tout d'un coup. Ma petite gorge irritée par mon premier mal de gorge printanier n'y voit que du feu. Courage, Vicki! T'en as pour 3 mois à avaler des pilules grosses comme ça tous les jours: c'est la faute à des vilains maringouins qui ont un jour décidé de devenir porteurs de la malaria...
Après la saga salle d'attente - consultation - médecin qui ne s'y connaît pas en maladies tropicales - comptoir des prescriptions au Pharmaprix, j'ai finalement en ma possession mes deux vaccins. Ils sont bien au frais dans mon frigo. Dans la porte, entre le beurre à l'ail et le beurre ordinaire.
Le truc, c'est que le vaccin contre la fièvre typhoïde est un vaccin oral. Vous avez déjà vu ça, vous, des pilules qui s'appellent "vaccin"? Ridicule. Deux heures tapantes après mon repas, tel que recommandé sur l'emballage du médicament, je prends ma première dose (1 de 4). Mais je triche. Incapable d'avaler cette horreur de plastique bicolore avec une simple gorgée d'eau ne dépassant pas 37°C comme je dois le faire (au diable les instructions!), je l'enfourne avec une bouchée de couscous frette. En ne manquant pas de l'échapper, au préalable, dans l'eau de vaisselle sale qui traîne dans mon lavabo de cuisine. Gloup! J'avale tout d'un coup. Ma petite gorge irritée par mon premier mal de gorge printanier n'y voit que du feu. Courage, Vicki! T'en as pour 3 mois à avaler des pilules grosses comme ça tous les jours: c'est la faute à des vilains maringouins qui ont un jour décidé de devenir porteurs de la malaria...
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