Pour dîner, c’est le tô – je n’y échappe pas. Je vois les enfants qui semblent déjà s’en donner à cœur joie dans le bol de sauce gluante. En guise de bon appétit, Kadi, la tante, lance à mon intention : « Faut manger pour grandir ». Ouais. Elle voulait sûrement dire pour grossir. À la fin du repas, Kadi me réprimande avec un air désapprobateur : « Tu n’as pas bien mangé! » et j’ai insisté : « Oui, j’ai bien mangé! ». En plus, c’était la vérité. Quelques petites boules de tô suffisent à tuer mon appétit. Mais elle s’est entêtée : elle m’a donné un bol de couscous. « C’est bon pour le ventre ». « Quoi, il est trop petit mon ventre? » « Il n’est pas assez gros ». On m’avait prévenue avant mon départ : en Afrique, une femme rondelette ou carrément grosse est une femme en bonne santé…
Puis, nous avons atteint les dunes. Mes premières dunes. Toutes orangées. Le contraste est marqué avec le ciel bleu. En quelques minutes, j’ai du sable partout. Comme toujours, des enfants du village viennent s’installer près de nous en nous observant de leurs grands yeux curieux. Noum se lance dans un grand discours pour promouvoir l’importance de l’école en apprenant que sur la douzaine de jeunes qui l’écoute, aucun ne la fréquente. Des mots qui martèlent durement ma bonne conscience occidentale : « des enfants qui ne vont pas à l’école ». J’ai déjà des chocs avec les Nomades, qui me demandent régulièrement de transcrire un message à leur place ou d’épeler une phrase. Et ils ont presque tous trente ans. L’éducation n’est pas un droit acquis, je m’en rends compte ici.
Des fillettes sont venues nous rejoindre, curieuses. Puis d’autres garçons. Nous avons dansé. Chanté. Fait des culbutes. Dessiné dans le sable. Creusé des trous. Grâce à deux ou trois d’entre eux qui parlent français, je peux communiquer avec les autres qui ne comprennent que le fulfulde. J’aurais passé la nuit avec eux, sous le clair de lune, à étirer ce moment de complicité et de joie toute simple. Parfois, le bonheur se contente de peu. Un sourire, un regard, et les barrières culturelles tombent.
Tout ce beau monde a fini par rentrer au village. En allant faire pipi (la toilette est derrière la deuxième dune à gauche) je me suis retrouvée avec une sale bestiole sur la jambe. Mi-crabe, mi-araignée. ÉNORME. J’ai vu ma vie défiler sous mes yeux et ma mort prochaine causée par la morsure de la terrible créature. Noum, attiré par mes cris, m’a sacré un coup de pied sur le tibia pour la faire déguerpir. Il m’a assuré que ce n’était rien de dangereux. Qu’est-ce qu’il en sait, lui? Un tel insecte ne peut pas être inoffensif. J’ai passé la nuit à redouter le retour de l’araignée. Et la fin de ma vie sur les dunes d’Oursi.
Au lever du jour, je me suis réveillée, surprise d’être encore en vie. Quelque peu incommodée par le vent chargé de sable qui s’était levé. Le Sahel grondait. Moi, ça m’amusait – même si toute cette poussière pénétrait mes yeux, mon nez, mes oreilles et les moindres racoins de mon sac à dos. Nous avons levé le camp en moins de deux, direction Gorom-Gorom. Une bourgade sahélienne qui accueille tous les jeudis le plus important marché d’Afrique de l’Ouest. Les ethnies de tous les villages environnants s’y retrouvent au milieu des fruits et des légumes, des pagnes, des vêtements et, cette journée-là, des tourbillons de sable. J’y ai aperçu mes premiers Touaregs. Leurs femmes sont magnifiques – peut-être les plus jolies femmes qu’il m’ait été donné d’admirer jusqu’ici. Un mélange de Noir, d’Arabe et d’Indien, on dirait. Habillées de tissus légers aux couleurs vives, un châle posé sur la tête, elles semblent insaisissables. J’enviais la forte impression de liberté qui se dégage d’elles. Mais ce n’était sûrement qu’une impression…
En plus des Touareg, j’ai vu à Gorom des Tamashek, des Peuls, des Mossi. Chaque groupe a ses caractéristiques, sa culture propre. Chaque ethnie est un monde en soi. Déjà, avant d’arriver au marché, je songeais aux photos fantastiques que j’allais pouvoir y faire. Je n’en ai pas pris une seule. Gorom ne se fixe pas sur une carte mémoire, Gorom ne s’imprime pas sur du papier photo. Gorom se vit, tout simplement.
Au kiosque de CD piratés, Noum a trouvé un disque de Garou. Il est un grand fan. Déjà, à ma première soirée à Bani, nous chantions « Sous le vent » en duo. Lui Garou, moi Céline. Trois fois plutôt qu’une. Il y a de ces moments indescriptibles qu’il est impossible d’oublier. La voix grave de Garou qui retentit entre les kiosques d’un marché sahélien burkinabé en fait partie.
En route sur la moto!
Les paysages sahéliens...
Noum sur les dunes d'Oursi
Après une nuit sur les dunes...
Le vent souffle avec rage!
Salut c'est Amélie! :-)
RépondreSupprimerTes photos sont tellement belles...j'en pâlis-verdis de jalousie!
Ça a l'air tellement facile de vivre ce que tu vis, alors que je suis convaincue qu'il y a plein de doutes et de questions qui doivent de trotter dans la tête...mais wow! Tu es tellement chanceuse d'être où tu es! À la session prochaine, Vicki! :-) xxx
Je ne peux faire autrement que de m'arrêter sur le passage de l'araignée qui a bien fahis te faire mourir! Quelle chance d'avoir vu la mort de si près! Mais quel bonheur de savoir que tu es finalement resté en vie!!!!!
RépondreSupprimerTu me connais, j'aurais aimé ça te raconter une fois bien pire ou j'ai fahis mourir...Mais je crois que tu détient maintenant le pire moment d'avant mort! lol Moi, c'est sur que je serais morte à ta place ( de peur!!! ) Tu es une ''surviver'' Vicki!
Encore une fois, ton texte et tes photos me donnes des frissons, ton ami Noum semble très bien prendre soin de toi! Difficile de dire s'il est ''cute'', mais il a des beaux yeux! Amusez-vous bien tous les deux!
xxx
je veux voir des photos de bibittes
RépondreSupprimerje veux voir des photos de bibittes
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ok!
Ah Vicki, finalement c'est moi qui peut te donner un conseil ;-) Achète toi un long foulard que les Touareg utilisent pour se faire un turban sur la tête (désolée je ne me souviens plus du nom!). C'est magnifique pour te protéger dans le désert du soleil, du sable, et aussi pour te couvrir le visage pendant que tu dors pour ne pas manger le sable. Aussi c'est très fin et donc transparent, fait que tu peux le mettre par dessus les yeux durant une tempête et quand même voir ou tu vas.
RépondreSupprimerBises et à bientôt!
Hannah
Tes histores de tô me font rire, car ca me rappelle des souvenirs quand tu etais petite, quand c'etait le temps de manger tes legumes...
RépondreSupprimerQuelle belle route etait cette derniere, en plus, les photos du ciel bleu avec l'oranger du sable, ca nous fait rever...
Tres beau recit, laches-pas!
Bonjour toi !
RépondreSupprimerMagnifiques photos !
Un chef d'oeuvre en textes !
Je ressens tout le bonheur qui t'habite à vivre cette expérience !
Je te suis mais ... ...au loin !
Bonne continuité !
Gros câlins !