Ok. Récapitulons. Je suis arrivée au village. Et j'ai eu le coup de foudre. MAIS ENCORE...?
Qui aurait cru que la vie dans un si charmant village puisse être aussi fatiguante pour une p'tite Québécoise?
Je ne me plains pas. J'apprends, plutôt. J'expérimente. Je vis. Je découvre. Si, à Ouaga, j'étais Nassara, je suis ici une Toubabou. "Toubaboumousso": femme blanche. Et je ne passe pas moins inaperçcue qu'ailleurs, bien au contraire. Chacun veut me parler, me voir. Je serre des dizaines de mains chaque fois que je sors de la maison. Je pratique mes salutations à souhait, parfois avec un peu de lassitude. Si certains restent indifférents à mes efforts pour articuler quelques mots en gouin, d'autres au contraire s'enthousiasment, rient aux éclats, se lancent dans de longs palabres que je ne comprends évidemment pas. Certaines bonnes femmes sont si énervées qu'elles en perdent le peu de français qu'elles savent. Ce sont celles-là que je préfère. Leur joie est contagieuse. Sinon, les autres femmes se font plutôt disrètes. Les travaux domestiques et agricoles les tiennent à l'écart de la sphère publique et je n'ai que très peu de contacts avec elles. Ici, en tant qu'étrangère, je vis avec les hommes. C'est avec eux que je prends mes repas, que je bois le thé, que je fais la tournée du village. Tout. Mais l'effacement de la gent féminine ne fait que confirmer le rôle essentiel qu'elle joue: sans les femmes l'Afrique ne tiendrait pas debout.
A mon arrivée à Diarabakoko, les habitants étaient persuadés que je n'allais pas pouvoir supporter leur nourriture. Ceux qui me voyaient encore parmi eux après quelques jours étaient étonnés. Apparemment, le ciel m'a dotée d'une ô! combien appréciée capacité à ne pas faire la fine gueule en voyage. Chaque jour je teste ma résistance gustative et je reste surprise: que diriez-vous d'une grande casserole d lait caillé, "tout droit sorti du boeuf (!) et laissé à reposer toute une nuit"? Eh bien, avec plusieurs cuillèrées de sucre, c'est pas si mal. Sinon, il y a le sempiternel riz sauce. Le riz, ça passe toujours bien; le problème réside plus souvent du côté de la sauce, bien gluante et assaisonnée de quelques grains de sable qui font scrounch sous la dent. Et que dire du poisson, pêché au marigot à proximité du village. Ici, on le mange au complet. Avec les écailles. Les nageoires. La queue. La tête. Les yeux. Alouette. C'est à peine si on laisse les arêtes. Politesse oblige, je mange tout. Sauf les yeux. C'est plus fort que moi: j'y arrive pas...
En fait, de façon générale, le véritable problème pour moi se situe plutôt dans la quantité de nourriture qu'ils me font ingérer. Vous croyez qu'on ne mange pas beaucoup en Afrique? Détrompez-vous immédiatement, de grâce. Ici, on mange comme des porcs. Pour déjeuner, on m'amène de la bouillie de mil (version locale de notre gruau) dans laquelle trempent des beignets bien huileux, qui déjà suffisent à me rassasier. Mais on doit ensuite passer chez la vieille, qui me fait boire un bol de café aromatisé à la citronnelle. Et m'offre du riz sauce, que je dois refuser. Pour dîner, lorsque je suis chez l'institutrice du village - devenue mon amie - on achète d'abord l'attiéké, du manioc égrené que l'on mange avec du poisson (deux plutôt qu'un, hein). Ce qui, encore une fois, suffit largement à me remplir la panse. Mais son mari me force ensuite à avaler une langue et des arachides. Puis, l'institutrice me sert une énorme assiette de riz à la pâte d'arachides. Avec, devinez quoi? Deux mautadits poissons. Sur le point d'éclater, je finis tant bien que mal ma portion pour ensuite me faire dire que je dois ENCORE manger des arachides et boire du thé! Je m'exécute le coeur au bord des lèvres. A chaque fois je regrette ma visite... parce que quand je rentre à la maison je sais qu'il faudra encore manger. Bon. Si au moins c'était des légumes dont on me gavait. Mais non. Mon régime est constitué à 99.8% de glucides, de lipides et de sodium. Lire: sucre, huile, sel. Eurk. Y'a pas à dire: je suis due pour une cure de désintox.
Et si je fais un paragraphe aussi important sur la nourriture c'est que ça a occupé une place prépondérante dans mon séjour à Diaraba. Vraiment. Avec la causette et les salutations. Heureusement que j'y ai fait de belles rencontres. Des amitiés sincères, sans malices ni arrières-pensées. Plus que des amitiés même. J'y ai gagné une famille.
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C'est là que tu dois t'ennuyer des bons repas santé de ta mère! Lâches-pas ma belle et bon courage! Hahaha!
RépondreSupprimerÀ te lire, je te comprends un peu. J'ai une amie Africaine qui m'a invitée chez sa famille -mais pas en Afrique, celle qui a émigrée du Bénin. Et elle m'a bien fait comprendre que je devais TOUT manger ce qu'il y avait dans mon assiette.
RépondreSupprimerComme dit ton amie Valérie, courage, Vicki!
jjjaajajja! tu me fais rire, ts fa'con d'ecrire est allucinante! Merci pour partager tout cela avec nous!!!
RépondreSupprimer(desole pour les accent...clavier anglo in Vancouver! ;)
un abrazo y animo!
Jose Fuca