Rassurez-vous, je ne me suis pas trouvé un mari burkinabé - même si les offres ne manquent pas. Il s'agit d'une tout autre chose. Il y a quelques jours j'ai été arrachée de Ouaga la bruyante, Ouaga la trépidante, Ouaga la poussiéreuse, et me suis fait catapulter sept heures de bus plus loin dans le plus mignon et bucolique village africain qui soit. Diarabakoko. Au coeur de la région la plus extraordinairement charmante du Burkina: verte, vallonneuse, et bercée d'une lumière naturelle qui ravit la photographe en moi.
Je suis en amour.
En apprenant que j'allais séjourner quelques temps au village, les gens de la ville haussaient les sourcils. Ne dissimulaient pas leur inquiétude. Restaient sceptiques, ou pire, carrément bouche bée. Autant de réactions dont j'ai fini par m'imprégner malgré moi. J'en suis venue à redouter mon passage au village. A le remettre en question, même. Au point où, la veille du départ, j'ai dû improviser une séance d'auto-motivation pour ne pas changer d'idée. De toute façon, je n'aurais pas pu choker: Geneviève et Babamine venaient avec moi. Mais en descendant du bus jeudi avec mes mille kilos de bagages sur le dos et autant d'appréhensions sur le coeur, j'ai su que je n'aurais rien à craindre. J'ai senti que j'allais me plaire à Diarabakoko. Et le temps m'a donné raison.
Traverser le village d'une concession à l'autre, c'est comme déambuler dans un décor de cinéma, tellement l'ensemble est esthétique. A mes yeux d'Occidentale, chaque élément semble avoir été posé là dans le seul but de me charmer. Les poules, les cochons, les chiens et les chèvres broutent ici et là en totale liberté. Les femmes vont et viennent avec leur chargement d'eau ou de fruits posé sur la tête. Les manguiers, palmiers et autres arbres, dont la verdure me semble exubérante après avoir passé trois semaines en milieu semi-désertique, sont un vrai délice pour les yeux. Les cases rondes avec leur toit pointu surmonté d'une casserole trouée - question de faire tenir la paille bien en place - me font littéralement craquer. Tout semble tellement... parfait. Mais ce qui, au-delà de tout ça, complète la perfection et cristallise le coup de foudre, ce sont les gens. De véritables amours. La première journée, le contact n'a pas été si facile à établir, même si Babamine était là pour m'introduire. Ceux qui parlent ou comprennent le français ne sont pas si nombreux; ici, c'est le gouin qui domine. Et croyez-en ma parole, ce n'est pas un dialecte facile à apprendre. Les formules de salutation, d'une importance capitale en Afrique, sont tellement longues que je doute d'être capable de les mémoriser avant mon départ, vendredi. Koudihini, Badihini, Midihini, Oudihini: je ne sais pas quoi répondre à qui ni à la suite de quoi. Alors, soit j'y vais au hasard, soit quelqu'un me souffle la réponse; dans un cas comme dans l'autre, tout le monde finit par éclater de rire, surtout moi. Dès que l'on fait l'effort d'articuler quelques mots dans la langue maternelle de nos interlocuteurs, même avec un accent terrible, il semble que certaines barrières tombent. Comme on dit, c'est l'intention qui compte...
Geneviève et Babamine ne sont restés qu'une nuit. Ils venaient surtout pour saluer, après s'être mariés, celle que tout le monde appelle respectueusement "la vieille": la grand-mère paternelle. Vendredi, ils sont repartis à Ouagadougou. Nos chemins se sont séparés. Geneviève rentre bientôt au Canada et je suis maintenant assez rodée pour voler de mes propres ailes à travers le pays. Elle a été pour moi une amie, une guide, une traductrice. Une prof qui donne le cours "Burkina 101". Une douce transition du Québec à l'Afrique: de l'électricité à la lampe-torche, de la douche au seau, de la toilette au trou. Pour l'accueil, les rires, les conseils, les explications, les heures passées sur le matelas du salon à regarder le plafond et le ventilateur tourner, je lui fais parvenir de chaleureux remerciements. J'ai eu un pincement au coeur en la voyant monter à bord du taxi-brousse avec Babamine. Mais c'est aussi ça, voyager: savoir laisser partir les gens.
Ce matin, Yacouba (le gardien de la maison du papa de Babamine où je réside) a emprunté à un autre villageois une zézette roulante que l'on met en marche avec quelques coups de pédale et dont la vitesse de croisière ne doit pas dépasser les 15 km/h. Nous sommes venus en ville pour que je puisse donner quelques nouvelles. Le clavier sur lequel je tape fonctionne mal, la souris aussi, j'ai mal aux fesses et la radio diffuse une émission spéciale sur les infections vaginales - les conditions idéales ne sont pas réunies pour favoriser mon inspiration. J'arrête donc ici pour aujourd'hui, non sans vous promettre une suite alléchante d'ici quelques jours. En Afrique, la patience est la plus grande des vertus.
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Je suis moi même bouche bée! Je me disais bien aussi que tu n'étais pas perdu dans la brousse! Je suis contente d'avoir eu de tes nouvelles! Même si tu m'avais dis de ne pas m'inquiéter, je commençais à avoir hâte de lire tes aventures, pour savoir si tout se passe bien. Comme je vois, tu te portes à merveille et tu sembles de plus en plus à l'aise avec l'Afrique et les gens de ce pays. Tu es magnifique!!!!!!!! Je suis sans mot...Encore une fois, tu nous fais rêver avec tes histoires... J'ai juste une chose à te dire: Je suis fière de toi!
RépondreSupprimerValxxxxx
Les recits de Vicki, sont comme une bonne drogue: ca nous en prend une tite dose a tous les 2 jours max!!!
RépondreSupprimerHum, on dirait que tu teloignes: pas beaucoup dimages pour Diarabakoko sur le net! On a hate de voir tes photos!
Continue a nous faire rever (et a nous faire chercher sur le net!)
On taimesXXXXX
Si tu savais comment j'ai envie de te suivre, la caméra à l'épaule... Imagine le beau documentaire qu'on rapporterais! As-tu filmer un peu?!
RépondreSupprimerEn tout cas, ton blog gagnerais à être publié dans un magazine ou un bon roman de voyage!
Marie-Pier ;)
La suite !! La suite !!
RépondreSupprimerXX
2 mots: Ma Lade!!!
RépondreSupprimerCest génial de te lire...Profites!
Patrick
tes mots nous inspirent...tes images nous font rever a tes cotes...quel voyage, quelle aventure!
RépondreSupprimerJose Fuca