jeudi 20 août 2009

Délices de pain toasté et autres histoires

Je suis rentrée.

Pas au moment prévu, en revanche. Les pilotes de la Royal Air Maroc étant en grève, notre vol de retour a été annulé. Nous ne pouvions nous envoler que le lendemain, à 4:45 am. J'étais contrariée. L'Afrique m'aimait donc tant, qu'elle refusait désormais de me laisser quitter son sol? À l'aéroport, pendant qu'elle tentait de rejoindre sa maman à frais virés, Jessica a aperçu l'écran des départs et m'a demandé: "Hèye! Ouagadougou ça te tente-tu, Vicki?". Ma foi. Elle a un solide sens de l'humour, ma tite Jess. J'ai préféré attendre le vol pour Montréal. Je sais pas pourquoi.

On nous a envoyées à l'hôtel. Un établissement luxueux où on se sentait gênées de déambuler avec nos vêtements de backpackers. En pleine nuit, on nous a réveillées pour retourner à l'aéroport. On y a croisé un groupe d'Africains, en pleine manifestation près des portes d'embarquement. Avec leurs affiches de fortune et leurs boubous colorés, ils scandaient avec conviction: "Libérez-nous! Nous voulons partir!". Otages des pilotes grévistes, prisonniers de l'aéroport, sans autres ressources pour rentrer à la maison, ils n'ont sans doute pas eu notre chance de bénéficier de quelques heures à l'hôtel. Ils en avaient marre, eux aussi.

En posant (finalement!) nos fesses dans les sièges 14A et 14B du Boeing 767 (nous avons noté, car nous savions que nos papas respectifs allaient nous poser la question), prêtes à sentir les roues de l'appareil se détacher de la piste, nous ne nous doutions pas que de malheureux passagers décideraient de ne plus monter à bord et qu'il faudrait retirer de la soute leurs bagages enregistrés. Une opération qui a mis une heure et demi à être accomplie. Décidément, l'Afrique aura usé notre patience jusqu'à la toute dernière minute.

Après huit heures de vol tranquilles et aucun problème aux douanes de Dorval (en dépit des quantités effroyables d'items non-autorisés que je rapatriais au Canada - chut! c'est un secret!), j'ai retrouvé ma maman, qui m'attendait patiemment en compagnie de la famille de Jessica. Nous avons versé une larme. Photographié notre impressionnante cargaison de bagages. Et pris le chemin du 2950 Goyer. Mon appart. Ma maison. Home.

Maman m'a emmenée manger au chinois au coin de la rue. "Hèye maman! Y'a personne qui m'a crié après! C'est doux pour les oreilles!" lui dis-je en poussant la porte du resto. Maman riait de moi. Nous n'avions marché qu'une minute pour s'y rendre. J'ai mangé des crevettes au gingembre et aux échalottes. Une explosion de saveurs dans ma bouche.

J'ai déballé mes sacs, ouvert des boîtes, allumé mon ordi, jasé avec ma coloc, admiré mes beaux murs verts, reçu une visite de ma meilleure amie, parlé à papa au téléphone, fait mon lit, allumé une chandelle dans ma lampe marocaine en peau de chèvre. Après trois mois de lessive à la main, j'ai lancé un bon paquet de vêtements dans la gueule béante de la machine à laver, qui allait s'occuper de les débarrasser de leurs parfums africains. Puis je me suis effondrée dans mon lit douillet, croulant sous le poids du décalage horaire, mais savourant quand même la volupté de mes draps doux et propres, et de mes oreillers moelleux. C'est par le manque que l'on finit par apprécier certaines choses.

Ce matin, à 5h30, j'étais déjà en train de me préparer des toasts au beurre de peanut et aux bananes. Je me demande si c'est le décalage horaire ou la hâte de déguster ce petit déjeuner qui m'a incitée à me lever aussi tôt. Doucement, à pas feutrés, comme par appréhension de réveiller des émotions trop vives, je commence à me réinsérer dans ma petite vie québécoise. À suivre.

Surtout, ne manquez pas de revisiter mon blogue dans quelques jours. Vous risquez d'y trouver l'épilogue qui clôturera mon aventure, et, si vous êtes gentils, toutes les photos que j'aurais voulu partager au fur et à mesure...

3 commentaires:

  1. Pour des photos, je suis gentille, moi !!!!!!!
    Et je mettrai une image sur les aventures que j'ai lues!
    Au plaisir !

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  2. Hey miss!
    Je dois t'avouer que je me suis, moi aussi, fait réveiller par mon ventre! Vers 10h00 ce matin, j'entends un couteau cogner contre une assiette... D'un bon, je me suis levée pour aller manger un gros déjeuner dans lequel j'ai renoué avec les toasts au beurre, les toasts au beurre de peanut, le croissant au cheez weez, la banane du matin et quelques bouts de céréale!! Lol, je voulais goûter à tout!
    Bon retour cocotte! Je réessaie de te caller bientôt!
    PS. Jai pas mal de misère à revenir au clavier de la maison! Je ne compte plus les Q que j'ai dû effacer parce que c'était un A que ça prenait, ou les points d'exclamation que je ne trouvqis plus... Ah! Ca va mal! Les M aussi, sont bizarres! lol, le clavier arabe est ben mieux! lol
    Je t'aime fort Vicki!
    Jessss

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  3. C'est vrai que c'est par le manque qu'on finit par apprécier tout ce qu'on a à la maison! J'espère que tu as bien savouré ton beurre de peanut!!! J'ai hâte de te cuisiner des bons repas santé, on va se régaler! Après toute cette attente, tu es enfin revenu, que je suis heureuse! Je t'aime fort xxx

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!