mardi 25 août 2009

Épilogue

Contre toute attente, le retour s'est fait tout en douceur. C'est à peine si j'ai noté que, pendant deux ou trois jours, mon coeur était ailleurs, comme s'il n'avait pas suivi mon corps et mes bagages dans l'avion, ou comme s'il n'avait pas pu voyager à la même vitesse. Mon bonheur de retrouver le monde qui m'est familier prenait toute la place.

J'ai eu un premier choc sous la douche, debout sous le jet chaud et puissant, un peu perdue, en pleine hésitation entre le shampoing au thé vert et à la fleur d'oranger, et l'autre, à côté, à l'orchidée et au lait de coco.

Une infime partie de l'humanité vit dans un luxe inouï. J'en fais partie. Et pourtant, je suis modeste, et mon foyer l'est aussi. Mais on a besoin de tellement peu pour vivre. Tellement moins.

L'Occident mène une formidable course à la commodité, à la rapidité, au confort. Le Burkina m'a montré que j'étais parfaitement capable de jouer hors de la course. Mais le retour m'a prouvé que les privations entraînent ensuite des complications. Des envies bizarres, subites, nouvelles. Comme celle de me barbouiller les orteils de vernis à ongles. (Je suis peut-être pas guérie de ma fièvre typhoïde.)

L'Afrique, c'est comme manger un coup de massue derrière la tête et tomber à la renverse après avoir titubé longtemps. Ça assomme.

Il y a quelques jours, je voyais tout noir, le bilan de mon expérience était sombre, très sombre. Injustement, je confondais Bani et Burkina, Burkina et Afrique. En discutant avec certaines personnes qui me sont chères et qui se reconnaîtront, je me suis rappelé les bons moments que j'ai vécus là-bas. Les rencontres touchantes. La complicité. Les échanges. Les surprises. Aujourd'hui, à 100 miles à l'heure, j'idéalise déjà les trois mois qui sont derrière moi. Le signal "danger" a commencé à clignoter. Idéaliser, c'est refuser de voir la réalité telle qu'elle s'est présentée, c'est oublier les expériences négatives et cesser de réfléchir pour en tirer des leçons. Idéaliser, c'est voir les choses d'une façon qui fait ben notre affaire. C'est s'induire en erreur, se fourvoyer magistralement.

Vite, à tout prix, arrêter d'idéaliser l'Afrique.

Méditer, plutôt, sur ce que j'y ai acquis, et ce que je n'ai pas réussi à comprendre, à assimiler, à respecter. Méditer sur les évènements et mes réactions. Méditer sur ces six mots de Marc Levy (dans Sept jours pour une éternité): "Ma différence est aussi la tienne..."

Car j'ai pris conscience de ma différence à travers le regard que les Burkinabé posaient sur moi. Jamais, auparavant, ne m'étais-je sentie différente, et ne me l'avait-on fait sentir avec autant d'insistance. C'est dans cette optique que l'Afrique, bien qu'elle ait apaisé les vives douleurs du printemps, m'a infligé de nouvelles blessures. Je vis non seulement la remise en question du voyageur, du touriste, du Blanc, mais aussi celle de l'anthropologue. C'est du pareil au même, en bout de ligne. Quelle est ma place? Quel est mon rôle?

La nuit tombe sur le soleil d'Afrique. L'heure où poindra l'aube m'est encore inconnue, mais je sais qu'elle viendra.


À tous ceux qui m'ont suivie, lue, encouragée de leurs réflexions et de leurs pensées, mes proches comme les anonymes, je vous dis anitché en dioula, atchou-okè en fulfulde... sans vous ce blogue n'aurait pas lieu d'être. Merci.

Avec plein d'amour,
Vicki

1 commentaire:

  1. Quelle belle aventure et que de beaux recits sans parler des photos splendides! C'est dommage que nous, lecteurs, avons le dernier mot sur ton blog. Ca sent un peu comme l'hiver, ou tout "gelera" pour un certain temps, en l'attente de nouvelles aventures...Si cet hiver existe, c'est peut-etre pour t'aider(et pour nous aussi) a "digerer" le dernier été, question de ranger tout ce qui c'est ammener a toi...

    Je te dis merci au nom de tous ceux que tu as cottoyé la-bas. Il n'est pas question de comptabiliser les reuissites physiques, apres tout, t'as pas reconstruit le pont cassé de Bani ou labouré de champs, mais tu as tout de meme égayé la vie de centaines de gens, petits et grands!Pense a tous ces sourires, ces rencontres que tu as causé! juste le fait de pouvoir te voir aux alentours, a changé leur vie pour un instant... Je suis sur que tu as fait parler de toi a des kilometres a la ronde et je suis aussi sur qu'ils se souviendront de ton passage chez eux!

    Merci aussi de nous, car nous avons appris beaucoup. On s'est fait pas mal de questionnements sur l'Afrique et biensur beaucoup de googleling...

    Merci aussi pour les bebittes, tout voyage n'est pas complet sans un rapport détaillé de ces creatures! Je suis satisfait!

    Bon voila c'est tout, en attendant ta prochaine initiation, je te souhaite courage et plaisir dans tout ce que tu entreprends!

    dad qui t'aimes
    XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!