lundi 10 août 2009

Maroquineries en tandem

J'attendais le 6 août avec impatience. Date à laquelle Jessica, une grande amie à moi, allait me rejoindre à Casablanca après son stage au Bénin. Elle est arrivée à l'heure. Ses bagages ont suivi peu après. Quel bonheur de retrouver une petite parcelle du Québec à travers elle, et de partager mes innombrables impressions du Burkina. Depuis nos retrouvailles, nous n'en finissons plus de commenter nos expériences respectives: "Y'avait-tu ça là-bas? C'tait-tu comme ça chez vous?". Car après plus de deux mois en Afrique, "chez moi" réfère au Burkina. Et "chez elle", au Bénin. Nous nous sommes découvert avec soulagement de très nombreuses frustrations en commun - dont il est absolument libérateur de discuter avec force gros mots et blasphèmes. En revanche, sur d'autres points, ce que nous avons vécu est radicalement différent. Inévitablement, dans un cas comme dans l'autre, l'échange enrichit. En bout de ligne, on se comprend.

Au Maroc, nous jouons aux touristes. Le changement de notre statut vis-à-vis la population que nous côtoyons nous a bouleversées. En Afrique subsaharienne, nous étions "la Blanche", la curiosité, la bête de cirque. Ici, nous sommes deux gouttes d'eau anonymes dans l'océan de visiteurs qui inonde le pays. Tout au plus sommes-nous l'objet de convoitise des jeunes Marocains. Hélas pour eux, cette attirance est loin d'être réciproque. Nous les ignorons superbement. Après les discussions que l'on engageait avec tout le monde là-bas, nous nous trouvons un peu... froides. Bêtes. Antipathiques. Mais on n'y peut rien. On n'en peut plus.

Parallèlement à cela, on se demande ce qu'on est venu faire au Maroc. L'Afrique nous a demandé beaucoup, à chacune. Mais en même temps nous n'avons rien accompli de grand. Nous avons besoin de défis mais n'avons pas le coeur de les relever. Nous avons de la difficulté à accepter l'idée que le Maroc ne soit pour nous qu'une étape-repos. Presque quotidiennement on remet nos plans en question.

Entre l'Afrique de l'Ouest et le Québec, on ne sait plus trop où on en est. Dans nos réflexions, dans notre voyage. Confrontées à trois réalités - celle à laquelle on vient de tourner le dos, celle que l'on vit aujourd'hui et celle qui nous sautera au visage dans une semaine - la transition se fait durement sentir. La question est juste: coincée entre le passé qui me hante et le futur que je redoute, où est-ce que j'en suis dans mon présent?

Question de ne pas nous laisser abattre par cette épuisante gymnastique mentale, nous faisons du shopping. Sirotons café au lait et jus d'amandes sur les terrasses. Assenons nos estomacs de doses gargantuesques de melons, nectarines, dattes, figues et prunes. La vie a bien meilleur goût lorsqu'elle est fruitée. Par ailleurs, le menu des cafés et des restos nous offre à chaque fois de quoi nous dilater la rate. Des pestaches, des frauboises, de la soce tomate, des sandwiches différants, du jus de sitron, des comflakes, de l'avoca. C'est à mourir de rire, et à en pleurer à la fois, pour les pseudo-expertes de la langue française que nous prétendons être.

A Tanger, ville-transit aux portes des côtes espagnoles, nous avons atterri dans un hôtel bizarre où les seuls autres pensionnaires semblent être des hommes. Au lavabo communautaire, on se brosse les dents en pyjama entre un Marocain acrobate qui s'y lave les pieds et un autre qui éructe et crache bruyamment. Chouette. En passant devant les toilettes, on retient notre souffle. Ca pue. Jess et moi répétons quotidiennement "Tabarouette que j'm'ennuie du trou!!". Le trou, alias la toilette africaine, si simple d'utilisation. Au Maroc, nous avons droit à des trous de luxe dans des plateformes de plastique, avec deux spots pour poser les pieds et le robinet à côté pour flusher. Mais on a pas l'tour, faut croire. Quand on va s'y vider les entrailles, ça r'vole partout. Et puis quand vient mon tour, je bouche le trou à tout coup. Même deux grandes chaudièrées d'eau n'en viennent pas à bout. A deux reprises, j'ai dû gosser avec la brosse à toilette pour ne pas laisser de cadeau désagréable au visiteur suivant. Eurk! J'espère que vous êtes pas en train de manger. Si c'est le cas, dites-vous que le simple fait d'évoquer ces souvenirs me fait pouffer de rire. Et ça rend Jess encore plus découragée à mes côtés. Ca paraît que c'pas elle qui la bouche, la toilette, hein...

Ouais, les toilettes jouent un rôle prépondérant sur la scène de nos préoccupations quotidiennes. Mais il y a aussi les taxis qui nous fourrent. Nos sacs à dos trop lourds et volumineux. La conversion des dirhams en dollars canadiens. La hâte de renouer avec les toasts au beurre de peanut et aux bananes. Ma nouvelle camisole. (Elle est brune, avec du jaune, du orange et du blanc, et des fleurs et plein de picots. Et je l'aime. En plus, elle camoufle à merveille mes kilos gagnés pendant l'été, mais chut! ne dites pas que je vous l'ai dit. Je veux la porter tous les jours. Un nouveau morceau qui apparaît parmi les mêmes vêtements moches portés pendant trois mois, ça a de quoi rendre une fille dingue.)

Décidément, le bilan de l'Afrique sera long à faire. Long et douloureux.

3 commentaires:

  1. Je suis sans mot...Pour moi qui ne connaît rien de l'Afrique, je ne peux pas comprendre ta douleur...J'ai hâte qu'on s'assoit et que tu me raconte en détails ce qui t'a le plus marqué.

    J'ai aussi hâte de voir ta nouvelle camisole avec des picots! Malade!

    Au jour le jour, ne te met pas de pression, reviens nous vite, mais tranquillement.

    J'ai hâte de te serrer dans mes bras !!!
    xxxxxxxxxx

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  2. "Décidément, le bilan de l'Afrique sera long à faire. Long et douloureux."

    Peut-etre que l'ecriture d'un livre au lieu d'un film sur cette sur cette aventure aiderait au bilan.
    Ce ne sont surement pas les anecdotes et faits cocasses qui manqueront!

    Pour le marchandage, je te conseil de tenir ton prix jusqu'a la fin, c'est la facon de faire, donc tient ton bout!
    En attendant la suite, continue ton sirotage de cafe et tes dorlotages,
    parce qu'apres le 18...

    big hugs
    dadXXXXX

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  3. Hey Turista!
    Les toilettes quebecois de grande capacité extra large water t'attendent ici à Montreal! hahha! Je tiens à te dire que grâce à ta description détaillé j'ai bien eu de belles images...FLUSH!
    Joue à être une riche touriste, amuses-toi!, car comme tu sais une autre réalité t'attend....et nous tous aussi!!!

    À très bientôt!

    Jose, avec un T-shirt orange plein fleures vertes et blanches pour matcher avec ta camisole! ;)

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!