dimanche 16 août 2009

Confessions in a moroccan café

Ce matin, j'ai ouvert les yeux sur cette pensée: "Après-demain je serai à la maison!". Je me suis levée pour aller faire pipi et mon cerveau s'est mis en marche à toute allure.

Le retour au bercail après trois mois "sous le soleil d'Afrique" ne peut être qu'une bénédiction, un heureux évènement, comme une récompense que l'on a ardemment souhaitée et que l'on voit soudainement apparaître au bout de notre nez. En même temps, une fois que le p'tit nuage rose de l'euphorie des premiers jours a été soufflé par le vent de la routine qui reprend son cours, le choc du retour se fait sentir, brutal, subit. Je n'y ai jamais échappé, et cette fois ne fera certainement pas exception à la règle. Mais comme le temps fait bien les choses, cet état finit par passer, et la routine, par s'installer définitivement. Jusqu'aux prochains rêves, jusqu'aux prochaines ébauches de projets, jusqu'au prochain départ. Conséquence impitoyable du quotidien qui se répète, prévisible, régulier, comme le tic-tac d'une horloge: un jour, je vais repartir, inévitablement.

La prochaine fois que Jessica croisera votre route, vous la remercierez, car c'est en grande partie grâce à elle si je parviens aujourd'hui à écrire sur ma déception, sur mes tourments de l'Afrique. Oui, j'arrive maintenant à le dire, avec cependant encore un peu de gêne: mon stage a été un flop total, un échec lamentable. Par une combinaison de facteurs comme l'apparent manque d'intérêt et de motivation des gars de l'association, comme le fait que je sois tombée malade précisément au moment où il ne le fallait pas. Je suis arrivée à Bani débordante d'énergie et de volonté, gonflée à bloc des promesses qui m'avaient été faites: "On va travailler, on va bien travailler, tous les jours on va travailler ensemble, wallay allah!". Qu'en a-t-il été? Rien. Ou presque. Sinon qu'un immense sentiment d'inutilité. Ce n'est que beaucoup trop tard que j'ai compris que j'aurais dû insister. Quitte à répéter tous les jours, pour réclamer telle ou telle chose que l'on devait mettre en oeuvre. Cela est-il le déroulement normal d'un stage? Doit-on constamment courir après ceux qui, en nous acceptant sous leur aile comme bénévoles, se font responsables de nous et directeurs du travail que l'on accomplira conjointement? Je me le demande encore.

Ajoutez à cela toutes sortes de mésententes, au quotidien. Mon statut à l'auberge des Nomades était peut-être trop ambigu: je n'étais plus une touriste, mais j'étais toujours blanche, la Blanche. Cela n'a jamais été outrepassé, semble-t-il. Est-ce pour cela qu'aucun des Nomades ne m'a présentée à sa famille? De plus en plus, je sentais nos façons de penser distinctes peser au-dessus de nos têtes comme des épées de Damoclès, qui au moindre mot de trop allaient saccager les bases de l'amitié qui s'était - je le croyais - établie entre nous. Plus le temps filait, moins nous arrivions à nous cerner mutuellement, à nous comprendre, à entretenir la confiance, à s'enrichir de la présence de l'Autre. Vicki et les Nomades. La Blanche et les Noirs. Le Québec et le Burkina. Car on ne manquait pas de me rappeler ma provenance et ma couleur de peau, comme pour creuser davantage le fossé de la différence.

Les malentendus ont tristement perduré jusqu'au dernier moment, jusqu'à l'aéroport d'où j'allais m'envoler pour le Maroc. Jusqu'à la toute fin.

Ce ne sont que quelques-unes des raisons (et seulement dans leurs très grandes lignes) pour lesquelles j'ai quitté le Burkina amère et pleine de rancoeur. Pourquoi je parle de douleur et de remises en questions, d'épuisement, de mécompréhensions. Je vous serai reconnaissante, lors de notre prochaine rencontre, de ne pas m'assaillir de questions. Le bobo est encore sensible. J'en parlerai plus librement lorsque la paix sera faite avec mon expérience.

Je n'aurai pas réussi à saisir l'Afrique à ma première visite. Mais je suis prête à lui donner une seconde chance. Ou plutôt, à me donner une seconde chance. Un jour - Allah seul sait quand - mes Birkenstock fouleront à nouveau la terre rouge du continent noir, portant en elles, un pas après l'autre, une Blanche au coeur incolore.

5 commentaires:

  1. L'idée de Dad pour un livre, c'est génial !
    Tu composes tellement bien !
    Je te lirais assurément !
    Prends un dernier café pour moi: un peu de lait sans sucre !
    Bon retour!
    xx

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  2. J'adore ta façon de réfléchir (inspirant)...ta façon d'exprimer avec une précision incalculable les délires, les émotions, les confrontations que, entant que humain, on peut et doit affronter.
    Un pas à la fois et on arrivera un jour.

    Jose qui t'attends en silence ;)

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  3. J'ai tout simplement hâte de te serrer dans mes bras...Je t'adore et je suis fière de toi! Tu as fais un grand pas en nous racontant les points négatifs de ton voyage
    (merci Jess), je serai a tes côté a tous moments ou tu auras envie d'en reparler.

    Je compte les heures!
    J'ai hâte de te revoir!!!!!!!
    xxxxxxx

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  4. Bravo Vicki, de te laisser une seconde chance et d'accepter que tout ne peut etre parfait.

    Bon retour parmi les tiens

    Sylvie (maman de Jessica)

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!