mercredi 5 août 2009

Casablanca, ma Renaissance

Casablanca, Maroc. Les mots se bousculent dans mon esprit. Comment expliquer? Oui, comment expliquer la joie que me procurent mes balades le long des larges boulevards à l’européenne remplis de trafic désordonné, si caractéristique aux pays émergents? Comment expliquer mon heureuse satisfaction à la vue des kiosques de marchands de glaces dont les étalages croulent sous les fruits de toutes sortes, à la vue des cafés-terrasses aux allures parisiennes, à la vue de l’antique architecture maure jouxtant les constructions modernes? Les trains, les boutiques trendy, les tagines, les pâtisseries, les femmes plus ou moins voilées, les hommes qui laissent une traînée de parfum dans leur sillage… DE LA VIE! DES CHOSES! AAAHH!

Comment expliquer sa propre résurrection?

A la suite de mes lourds moments d’amorphie zombiesque, je souffre aujourd’hui de surstimulation sensorielle. Et c’est la plus délicieuse des souffrances.

Sitôt arrivée en ville, je me suis installée à l’auberge de jeunesse. Il y a des lunes que je n’ai pas fréquenté ce genre d’établissement. Je ne me sens pas tout à fait à ma place dans cette ambiance Lonely Planet – des réminiscences, peut-être, du traditionnel mépris qu’éprouvent les anthropologues à l’égard des touristes qui commencerait à me contaminer. Et pourtant, c’est ce que je suis, une touriste. Même si je préfère la compagnie des locaux à celle des autres backpackers. Ma bonne tête :) et ma nationalité canadienne m’ont valu la sympathie du directeur de l’auberge, dont la fille réside à Montréal. Il m’a offert du thé à la menthe et du jus d’orange avant de m’aider à me procurer le nécessaire pour ma visite au hammam. AH! Béni soit ce jour où je me suis mise à poil dans ce bain public traditionnel, véritable temple de la propreté, énergiquement frottée à l'aide d'un gant de crin par la main experte d'une Marocaine bien en chair et tout aussi dénudée que moi. Aucun centimètre carré d'épiderme n'y a échappé. Ma peau sèche (et certainement un peu de crasse accumulée au cours des derniers mois) formait de longs rouleaux grisâtres sous le gant. C'était à faire peur. J'étais en état de décomposition. L'extase totale.

Je me suis débarrassée de ma peau d'Afrique au hammam. Mes soucis pesaient déjà moins lourd. Mais ma métamorphose ne s'est pas arrêtée là. Il y avait plus de deux mois que mes jambes n'avaient pas vu l'ombre d'un rasoir ou d'une pince - vous imaginez la désastreuse broussaille velue qui y est apparue? Apprenant l'existence d'un salon de beauté Yves Rocher à quelques pas, je m'y suis ruée. Pour moins de 20$ j'ai vu tout ce pelage disparaître, englué dans la cire chaude et arraché sans pitié à l'aide de bandelettes blanches. La demoiselle a même épilé mes orteils (!) et mes dessus de pieds (!!!). Maman, je te vois glapir d'ici: "Hein! Mais pourquoi elle a fait ça! Ca va r'pousser noir!". Mais je m'estime chanceuse qu'elle n'ait pas insisté pour m'épiler les avant-bras. Au Maroc, ça fait partie des zones qui, pour être esthétiques, doivent être dépourvues de poils!

Depuis ma sortie du salon, je ne me lasse pas d'admirer et de caresser mes jambes douces. Et j'ai envie de passer ma soirée avec l'esthéticienne: manicure, pédicure, massage, facial. Bani m'a laissé de graves séquelles. Moi qui ne suis pas poupoune.

Aujourd'hui, grâce à mes deux bienfaiseuses, j'éprouve la douce sensation d'avoir retrouvé mon corps de femme. Et qui dit femme dit inévitablement hommes. Au pluriel. Ils sont nombreux à ralentir leur voiture pour me crier des choses inaudibles lorsque je me tiens sur le bord de la rue, à faire des "tss! tss!" pour attirer mon attention, à m'envoyer des becs sonores par voie aérienne et à me sussurer des mots incroyablement quétaines à l'oreille. (Presque à l'oreille.) C'est incroyable: tout ça m'apparaît comme une mélodie apaisante et agréable après les VOUS-SAVEZ-QUOI qu'on me criait au Burkina.

Oh! Maroc. Je t'aime. Je t'aime tellement.

5 commentaires:

  1. Tu n'es peut-être pas poupoune, mais tout le monde aime ça se sentir propre, fraîche et top shape! Je comprends tout le bien être que tu as pu ressentir!

    Je suis contente que tu te sentes bien, tu mérites un peu de repos, et dorlotes toi, on prends jamais trop soin de notre corps!

    xxx

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  2. Marie-Pier Grenier6 août 2009 à 21:21

    Ahahah tu me fais ben rire Vicki! C'est vraiment cool qu'il y ait une pause entre l'Afrique et le retour au Quebec... le choc sera certainement moins dure ... Profite-en et laisse toi poupouner!
    J'ai hâte de te revoir!
    Marie-Pier xx

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  3. Laisse-toi dorloter !
    Profite de tout ce qui aide à relaxer !
    Moi, je prendrai une gorgée de vin et mangerai 1 maïs de plus pour toi, demain, chez Manon !
    XX XX

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  4. Au hammam ! Trop nice ! Euh, je pourrais faire mon stage CASI dans un de ces bains, faire de l'éducation populaire sur l'importance de l'hygiène, non ? Ha, ha, ha :c)

    Ça ne sert à rien de te dire prends soin de toi. Alors, gros bisous et à bientôt !

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  5. Comme les choses changent et vite!
    Faut en profiter de ces "dorlotages"quand ils passent, donc vas-y! tu l'as bien merite!

    dadXXXXXX

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!