Après quelques temps passés à batifoler à gauche et à droite dans l'ouest du pays, me revoici dans le village quasi sahélien qui m'a accueilli il y a un mois, et où j'ai élu domicile pour la réalisation de mon stage CASI - le principal motif justifiant ma présence au Burkina. C'est précisément ici qu'à la fin mai j'ai découvert l'extraordinaire capacité d'adaptation de l'être humain à des températures extrêmes, en voyant le mercure de mon petit thermomètre grimper jusqu'à 48°C. Aujourd'hui, j'ai répété l'expérience en plein soleil. Mon petit côté masochiste a palpité d'excitation. Les chauds rayons du soleil ont littéralement fait buster l'échelle du thermomètre, dont la gradation s'arrête à 50°C. Je me demande encore comment j'arrive à survivre dans de telles conditions. Bon. Il faut dire que je passe le plus clair de mes journées à vivoter plus qu'à vraiment vivre: dormir, manger, prendre le thé, causer, rester en position assise et, conséquemment, prendre du poids. Car il n'y a pas que les pluies qui se font attendre: le début officiel de mon stage aussi. En raison d'une combinaison de facteurs qui, non seulement sont hors de mon contrôle mais m'irritent et dépassent toute logique, je n'ai pas encore pu commencer à travailler avec les enfants, m'impliquer dans les activités de l'association, et récolter images et informations en vue d'un film sur le tourisme que je prépare pour l'université.
La pression du temps qui file (moins de quatre semaines avant que je ne quitte le Burkina) et mon impuissance face à certaines situations ont envoyé mes émotions dans un wagon de montagnes russes, ces derniers jours. Je viens de traverser la période la plus difficile sur le plan psychologique depuis mon départ de Montréal. Je n'ai aucune honte à l'avouer publiquement: pour la première fois en six ans de voyages à l'étranger, j'ai vécu ce que je considère comme un choc culturel. Incapable de tolérer mentalement la quantité d'huile utilisée dans la préparation de ma nourriture. Allergique à l'idée de continuer à prendre du poids (bien que mes kilos gagnés dans les dernières semaines ravissent les gars de l'association). Réticente à sortir de l'auberge, à partir à la rencontre des villageois, à gagner une certaine autonomie. Découragée devant le travail qu'implique l'apprentissage du fulfulde, la langue dominante de la région. D'humeur massacrante. Vidée d'énergie. Epuisée.
Bref, comme dirait mon père, ça allait mal à shop. Je n'avais qu'une envie: être ailleurs. A Ouaga, dont j'aime le tumulte et le désordre. Ou à Montréal, où m'attend un lit douillet et la saison des fraises. N'importe où sauf à Bani. Puis, à grands coups de siestes, de moments de solitude, de séances d'écriture et de réflexions sur mes sentiments, il semble que je sois venue à bout de l'abattement. J'en ai conclu qu'en toutes circonstances je ne dois jamais détourner l'oreille de ma petite voix intérieure, et ce, pour la préservation de mon bien-être personnel. Avant de vouloir m'adapter et m'intégrer à tout prix dans la culture qui m'accueille je dois respecter mes besoins, veiller à ce qu'ils soient comblés. Mon côté solitaire, par exemple, en prend un sale coup en Afrique. Ici, on est constamment entouré de gens, et on cause 24h/24. Si les échanges ont lieu en français, ça passe encore. Quand c'est en fulfulde, c'est dangereux d'attraper une écoeurantite aigue. C'était l'un de mes symptômes...
Lundi, c'était mon anniversaire. (Merci à tous pour les nombreux souhaits, appels, textos et emails!). J'espérais ne pas me ramasser avec une jambe dans le plâtre, comme j'ai fait au Honduras le jour où j'ai soufflé mes 22 bougies. J'espérais aussi, surtout, passer un moment convivial avec les cinq Nomades. La soirée a dépassé toutes mes attentes, mais dans le sens contraire. C'était très mal connaître l'Afrique que d'espérer ce que j'espérais! J'ai passé des heures à suer dans la cuisine-sauna, préparant avec amour et satisfaction une sauce aux arachides regorgeant de bons légumes frais (payés à prix d'or à 35km du village). Pour remplir la panse gourmande d'une vingtaine de gars qui discutaient de foot exclusivement en fulfulde, qui m'ont à peine saluée et qui, à mon avis, ignoraient parfaitement la raison de leur présence à mes côtés - si ce n'était pour profiter d'un repas gratuit. Le comble de l'impolitesse a été atteint lorsqu'un des gars m'a appelée "toubakou" ("l'étrangère"). Quel clown était assez mal foutu pour se pointer à la fête d'une fille dont il ne sait même pas le nom et qui ose par-dessus le marché la désigner avec ce mot à connotation hyper péjorative?! Sachant, qui plus est, que c'est moi qui ai assumé tous les coûts de la fête. J'ai failli faire une scène. A bien y penser, j'aurais dû en faire une. Mais il faut remettre les choses en perspective. Ce que je considère comme de l'abus de leur part n'est pour eux que la normalité des choses. Eh bien! Ils ne m'y reprendront pas une seconde fois.
Parallèlement à mes excès de rage envers les profiteurs, je suis aussi prise, sans vantardise aucune, d'élans de générosité gratuite. Mise au courant du cas d'une femme malade trop pauvre pour défrayer le coût de ses médicaments dont les gars discutaient avec véhémence, j'ai demandé à ce que l'on m'emmène la voir au dispensaire. Et j'ai payé les vingt-sept dollars que l'on exigeait d'elle pour la soigner. Une fortune, pour une famille de paysans. La femme était atteinte de paludisme et de dysenterie. En soirée, elle se portait déjà mieux. J'avais fait ma bonne action de la journée. Seule la question indiscrète d'une femme croisée dans le couloir a terni ma joie sereine d'avoir aidé quelqu'un dans le besoin: "Ah, vous êtes canadienne. Et qu'est-ce que vous nous apportez du Canada?" Comment ça, qu'est-ce que je leur apporte? J'ai-tu l'air du Père Noël, moi? Ou de la trésorière de la Banque Mondiale? En dépit de toute la bonne volonté, de la compréhension et de la sagesse dont je peux faire preuve lorsque les circonstances s'y prêtent, certaines réactions de la part des Africains continuent de me déconcerter. Décidément, les siècles de présence blanche sur le continent noir ont laissé bien des marques indésirables dans les mentalités contemporaines.
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Oh!! Lol! Je n'avais pas lu ton blogue avant de t'écrire le e-mail... Il semblerait donc que, comme au Bénin, c'est effectivement toi qui doit préparer ta propre fête... Etrange comme situation, quand même! Lol
RépondreSupprimerEt oui, il semblerait qu'on soit de la même famille que le Père Noel! Dommage qu'on n'en est pas été avisés avant! Et qu'on ne puisse retirer ce suit rouge et blanc qu'on ne sait voir... :p
Courage! lol
Jessss xoxox
Uoaw...tes paroles me font reflechir...je me mets dans ta peau et je t'admire...la patience est une belle virtude.
RépondreSupprimerJe te remercie de nous partager, comme Bob dirait, ta "resonance"...elle vient tellement dedans que je ne peux pas eviter de sentir tes mots sur mes epaules, mon visage et dans mon sprit. Je m'impregne de tes souspires,de tes moments de solitude et de ton intolerance envers l'injustice que signifie etre blanc en portant sur toi un role auquel on ne se identifie pas.
Je sais que tu passes une periode difficile, mais laisses-moi te dire qu'en te lissant je ne vois que de la beaute. La beaute de vivre des eprauves qui feront de toi une meilleur personne...ben oui! meilleur encore! ;)
XXXX
Jose Fuca
Je comprends très bien ton point de vue, c'est bien beau partager, mais il y a quand même une limite. J'étais pas mal surprise aussi en t'appelant pour ta fête de savoir que tu avais préparé le repas pour autant de personne,...Ça sort de l'ordinaire, parce que pour nous, le ou la fêté n'a pas le droit de préparer quoi que ce soit à sa fête, la personne se fait servir...un point c'est tout.
RépondreSupprimerLe geste que tu as posé pour la dame qui avait le paludisme, est très généreux, je suis persuadée qu'elle s'en rappelera toute sa vie! Bravo Vicki! C'est en faisais des petits gestes comme ça, qu'on change un monde.
Je t'adore et belle inspiration, tes écrits sont toujours aussi intéressant et palpitant!
xxx
Eh bien, experiences, experiences et experiences! Quelles soient heureuses ou non, elles te feront toujours grandir et c'est ce qui compte. L'important c'est (comme tu as fait d'ailleurs), d'essayer d'evaluer la situation de facon sereine et d'en sortir enrichie. A Rome on fait comme les Romains...donc faut s'adapter a leurs habitudes. C'est facile a dire: assis ici devant mon ordi bien au sec, mais croit-moi, tout ca entre dans un compartiment bien special de ton baggage de connaissances: celui de l'avoir vecu!
RépondreSupprimerLaches-pas, car c'est que tu voulais avant de partir. Prend ca cool OK!
dadXXXXXX
faire un test
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