dimanche 24 mai 2009

Ramassis de réflexions, de constatations, d'apprentissages et d'histoires vraies...

Quatrième journée au Burkina. J'ai l'impression que ça fait déjà un mois. Chaque journée vient avec son lot de découvertes, de surprises, de réflexions. Chaque journée est si riche...

La chaleur coule à flots. En cette fin de saison chaude, tout le monde sue à grosses gouttes, même les Burkinabé. Ça a quelque chose de rassurant: les Blancs ne sont pas les seuls à souffrir. Par ailleurs, je tiens à préciser que je m'en tire plutôt bien - si on ne tient pas compte des ruisseaux qui coulent dans mon cou et mon dos et qui finissent par s'assécher quelque part dans mes pantalons. J'ai sorti de mes bagages un petit thermomètre-aimant du Dollarama (à l'effigie du drapeau canadien) et l'ai posé sur le frigo. Geneviève et moi sommes devenues de véritables obsédées de la température. Hier après-midi, il faisait 39 degrés Celsius dans la maison. Le mercure est modeste, parfois. Car quelques instants plus tard, nous avons constaté qu'à l'extérieur, il faisait pas moins de 47 degrés. Ce matin, j'ai annoncé qu'il ne faisait "que" 30 degrés. Geneviève m'a demandé si j'étais en train de me magasiner une claque en arrière d'la tête.

La chaleur est telle qu'elle parvient à faire fondre une chandelle sur la céramique du patio. Je l'ai constaté de mes propres yeux. Les cernes de transpiration (qui apparaissent désormais à des endroits insoupçonnés) font partie du quotidien. On s'y fait. Après un trajet de bus, ou toute période passée en position assise, on se relève avec le derrière des cuisses tout trempé. C'est d'un chic!... Parlant d'autobus, j'ai assisté à tout un spectacle l'autre jour: un Burkinabé a penché la tête vers l'avant et s'est râclé le front à l'aide d'un doigt. Une véritable chute d'eau a coulé par terre. Geneviève et moi étions hilares. Fallait que je vienne en Afrique pour voir ça.

Évidemment, être au Burkina ne se résume pas à fondre au soleil. Être au Burkina c'est aussi, pour mon plus grand plaisir, me familiariser avec de nouvelles façons de faire. Je vous ai déjà glissé un mot sur la façon de parler locale. Ça continue de m'impressionner. Voici la conversation typique que l'on tient avec une personne rencontrée dans la rue ou dans une boutique:
- Bonsoir.
- Bonsoir. (On se serre la main.)
- Ça va?
- Ça va.
- Bonne arrivée. (Quand on semble être en train de rentrer à la maison, ou quand on semble être tout fraîchement arrivé au Burkina.)
- Merci.
- Et la ville? (Vous l'aurez deviné: quand on revient du centre.)
- Ça va.
- Et chez vous? (En toutes circonstances.)
- Ça va.

Sans parler des expressions si simples mais qui me font encore sourire: "Y'a quoi?" pour dire "Quoi?" ou "Qu'est-ce qui se passe?", et "Vous dites?" lorsque l'on n'a pas compris. J'ai très rapidement adopté le très populaire "ça va aller". Et, pour conclure toute affaire ou accord: "Voilà".

Mais il arrive des impairs, aussi. Ce qui est normal, après tout. En arrivant à la piscine où Geneviève a l'habitude d'aller faire des longueurs, le réceptionniste a semblé me trouver bien intéressante.
- Vous êtes Madame?
Et moi de répondre:
- Vicki!
Le pauvre homme n'y comprenait rien. Moi non plus. J'ai fini par comprendre qu'ici, demander à une femme si elle est Madame, c'est s'enquérir de son statut; autrement dit, c'est lui demander si elle est mariée ou pas! Et il ne nous a plus lâchées. Mais je ne lui ai jamais répondu.
Et il y a aussi la fois où j'ai rencontré les cousines de Babamine. L'une d'elles avait les mains dans le riz, qu'elle était en train de laver; elle m'a donc présenté son poignet, comme le veut la coutume ici (on ne serre pas des mains sales ou mouillées!). Moi, comme une belle cocotte (expression de Geneviève!), j'ai enroulé mon poignet autour du sien, au lieu de simplement serrer son articulation comme il se doit. C'est en faisant des petites erreurs que l'on finit par apprendre à se comporter convenablement.

Les après-midis, Geneviève m'emmène à la découverte de la ville. Bon. "Découverte" est un grand mot, car il n'y a pas mille choses à voir à Ouagadougou non plus. Ça nous permet de prendre le bus local, que l'on doit attendre parfois très longtemps au bord du goudron (l'asphalte), sous le soleil assommant, sans ombre ni abri où se réfugier. Parfois, nous circulons en taxi. À cinquante sous la course, parfois, ça vaut la peine, et ça évite d'attendre des bus qui n'arrivent jamais. J'adore prendre le taxi. Pendant que Geneviève se charge de faire la conversation au chauffeur, j'observe avec des yeux avides ce qui se passe sur la route. Je ne me lasse pas d'admirer les femmes sur leur moto. Et les hommes. Ma scène préférée se produit aux feux rouges. Un amoncellement de motos, de scooters et de vélos se forme pêle-mêle sur la chaussée et démarre, tel un essaim d'abeilles, aussitôt que le feu tombe vert.

Hier soir, j'ai monté à moto pour la première fois. Sans casque. Je l'ai déjà mentionné: personne n'en porte ici. Ça ne semble pas exister. Rassurez-vous, on roule pas vite. Assise sur l'engin derrière Atou, la soeur de Babamine, j'ai ressenti l'impression de liberté dont Geneviève m'a déjà parlé. Et encore davantage lorsque Babamine lui-même m'a ramenée à la maison, après une soirée où on a mangé du tilapia braisé avec les doigts et regardé des paires de foufounes se faire aller sur le plancher de danse d'un bar populaire. Babamine a une moto manuelle. Entendre les changements de vitesse sous la pluie battante - ma première pluie africaine - avait quelque chose de grisant. Étourdissant. Magique. Bon, peut-être que ma première bière burkinabé y a été pour quelque chose. Ouioui papa, j'ai bu une bière, j'espère que tu es fier de moi...

Et quoi d'autre? Geneviève et Babamine - qui, je crois l'avoir mentionné, est son fiancé burkinabé - sont pris dans le tumulte de la préparation de leur mariage qui aura lieu le 6 juin prochain. Alors qu'ils ne souhaitaient rien de plus qu'une petite cérémonie intime, leur union est en train de prendre les proportions d'un évènement gigantesque. C'est l'honneur de la famille qui est en jeu. Au moment où je tape ces mots, ils sont partis faire la tournée de quelques personnes qu'ils doivent inviter personnellement au mariage. Geneviève est quelque peu découragée, d'autant plus qu'il y a quelques éléments traditionnels que son beau-père tient à respecter - et qu'elle-même ne tient pas à accomplir. D'autant plus qu'avec sa belle bedaine de 6 mois, combinée à la chaleur écrasante, l'énergie vient à manquer plus rapidement. Mais "ça va aller", que je lui répète. Et je lui ai promis que si elle avait à danser (ce qui risque fort d'arriver), je serais solidaire et danserais avec elle...

4 commentaires:

  1. oh, woaw! que d'expériences en 4 jours. Tes histoires sont très droles, en Inde, les étrangers parlaient de leurs selles, ici je vois que c'est le thème de la transpiration - ça vaut le coup d'emmener pleins de sous-vêtements de rechange ;-). Je dois avouer que 2 émotions importantes surgissent, hurrah il y a une piscine à Ouaga, STP, tu me refileras l'adresse, au cas ou je ne trouve rien plus proche de mon quartier. et un peu peur pour les trajets en moto sans casque sous la pluie, stp fais attention à ta belle tête Vicki! Est-ce impoli de refuser de monter en moto?! pour ma part, j'ai une peur bleue, malheureusement je ne pourrais pas gouter à ce sentiment de liberté. xx, H

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  2. AH! OUI! C'est bien vrai! Tous les gars de l'Afrique veulent nous mariés, c'est une image qui me revient de l'Ethiopie! Heureusement, ils finissent par nous "lâcher" après quelque temps! Mais, il y en a toujours un nouveau a nos trousses!!!

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  3. Ah voila! ca commence a debouler! seulement apres 4 jours! Belles photos en passant.
    Tres content de voir qu'il y a de la bonne biere au Burkina, je vais donc inscrire ce pays dans ma liste de pays a visiter...Mais attention de ne pas en prendre l'habitude...
    Quoi de mieux qu'une(2) bonne(s) biere(s) apres une journee a suer!

    Nous attendons tous la suite!

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  4. De la moto sans casque, c'est dangereux...As-tu fahis mourir??? lol J'imagine le sentiment de liberté que tu as dû avoir! Malade!

    Moi aussi je bois de la bière maintenant! La nouvelle budlight lime, c'est bon. J'savais pas que tu aimais la bière toi!

    En tk, juste à lire tes messages, ça me donne chaud! lol Je t'imagine en train de suer et c'est très drôle!!!

    J'adore tes photos, surtout celle ou tu es avec le Guynéen, tu es très belle! Toujours aussi photogénique! Tu dois retenir de moi! hahaha!

    A+

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