jeudi 28 mai 2009

35 minutes au bord du goudron

Après "tout ce temps" à Ouaga, je commence à me sentir à l'aise de sortir de la maison sans Geneviève. Je me poste au bord du goudron, et j'attends "le 2 barré" (la ligne de bus qui dessert le quartier). Moment propice à l'observation des gens qui circulent à mes côtés. L'étroite voie réservée à ceux qui roulent sur deux roues est de loin la plus intéressante à mes yeux. Les lunettes fumées, c'est génial. Ça permet d'observer sans trop en avoir l'air. À ma hauteur, les motocyclistes ralentissent souvent pour me scruter, parfois d'un regard soupçonneux ou interrogatif, ou pour me saluer. Parfois, aussi, les Burkinabé me hurlent allègrement "Nassara!" ("étranger") au passage. Bah. Ce n'est pas pire que le "Guera" ("blonde") dont on me gratifiait abondamment au Mexique. Dans un pays comme dans l'autre, impossible pour moi de passer incognito.

Étonnamment, les vendeurs ambulants sont aussi présents sur ce segment de goudron. Chargés comme des mules, ils traversent le boulevard d'un pas las, ou pédalent lourdement sur leur vélo, tentant de garder l'équilibre. Les clients doivent se faire rares à Ouaga 2000*. Surtout lorsque le soleil est à son zénith et que la sueur perle sur le front de tous. Une fois, un homme qui attendait le bus avec moi m'a offert de me mettre dans l'ombre du poteau de l'arrêt. Je sais pas si vous savez, mais l'ombre faisait environ 5 centimètres de large sur le sol. Pas de quoi me protéger des rayons du soleil.

Après 35 minutes au bord du goudron (ou moins, quand on a de la chance), le gros bus vert se pointe le bout du pare-brise. À son bord, que des femmes, à cette heure du jour. Autant de couleurs vives qui mettent de la vie dans le gris terne de l'intérieur du véhicule. Ça jacasse fort sous les pagnes et les foulards. Souvent, les jeunes enfants accrochés dans le dos de leur mère me regardent d'un drôle d'air. Ils doivent se dire que je suis bien pâle.

Et puis, après presque 40 minutes de trajet ponctué de l'exclamation "Ça descend!" (l'équivalent burkinabé de notre petite corde de demande d'arrêt), on arrive au centre. À chaque coin de rue se trouve un Ministère quelconque - il doit y en avoir au moins mille. Hier, on a aperçu le Ministère des Infrastructures et du Désenclavement. Geneviève et moi, on s'est demandé comment le gouvernement comptait s'y prendre pour désenclaver le pays. On a conclu qu'il organiserait une invasion du Togo...

*Comme je crois l'avoir déjà mentionné, Ouaga 2000 est le quartier où Geneviève habite, le plus récent et le plus huppé de la capitale. Il ressemble encore à un grand chantier de construction. En dépit de la taille des habitations, il ne faut pas se leurrer: notre voisin d'en face, c'est un dépotoir.

3 commentaires:

  1. Ministère du Désenclavement du Burkina! C'est encore plus drole que la blague du prètre. je commence à faire de la pub pour ton blog, c'est très intéressant de te lire! bises, Hannah

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  2. Aujourd'hui je crois que j'ai pu comprendre c'est quoi suer! Je suis allée à mon cours d'aérobie latino et j'avais des gouttes de sueurs qui me coulaient partout, dans le dos, sur le front, sous les bras! Il faut bien que j'essaye de me mettre dans ta peau pour comprendre ce que tu vies hihihi!

    Je trouve ça trippant de t'imaginer attendre l'autobus au milieu de nulle part, sur une route goudronnée, en observant les gens...Ça doit être divertissant!

    Est-ce que ça t'embête de te sentir si différente par ta couleur de peau ou est-ce que tu trouves ça génial au contraire?

    Et c'est quoi ça une invasion du Togo???

    Et...as-tu jacassé avec les femmes dans l'autobus? Ou est-ce que tu as préféré observer la route?

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  3. Mais, tu devrais avoir un parapluie, comme aux Philippines, pour te protéger du soleil: ca va cacher plus grand qu'un poteau. Peut-être que les burkinabés n'y ont pas pensé ou ne peuvent pas s'acheter ca (trop cher pour eux)!

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C'est un plaisir de savoir que tu suis mes aventures!